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Alors que le mémorial de l'abolition de l'esclavage est près d'être inauguré au quai de la Fosse, Nantes se penche plus que jamais sur son passé. Quelle a été la place de la traite négrière dans l'histoire de la ville ? Quelles autres activités les armateurs nantais ont-ils exercé pour bâtir leur fortune ?

Parmi les dynasties commerciales du port atlantique, les Dobrée tiennent une place particulière comme l'explique cette exposition des Archives départementales de Loire-Atlantique. Originaire de Guernesey, Pierre-Frédéric Dobrée s'installe à Nantes en 1775 et meurt en 1801 ; ses affaires ont été reprises par son fils Thomas I mort en 1828. Son petit-fils, Thomas II, est à l'origine d'une collection d'objets d'art et d'un musée prestigieux. Le patronyme est trompeur : les Dobrée ne s'intégrèrent pas totalement à la société nantaise. Pierre-Frédéric a épousé Catherine de Havilland avant de venir travailler à Nantes. Son fils s'est marié à une Schweighauser, héritière d'une famille bâloise active à Nantes. Le petit-fils épouse une irlandaise, Jane Walsh, et ce couple n'a pas eu d'enfant. 

PF Dobrée Thomas I Dobrée  Thomas II Dobrée
 Pierre-Frédéric
 Thomas I
 Thomas II

 

Les activités des Dobrée ont été peu liées à la traite, sans doute en raison des liens qu'ils avaient conservé avec le monde britannique où l'abolitionnisme a plus vite triomphé, sans compter le caractère aléatoire des gains. Je cite le catalogue de l'exposition : « Pierre-Frédéric semble n'avoir participé qu'à un seul armement négrier, celui de La Véronique qui effectue deux voyages entre 1786 et 1788. Le second connaît une fin tragique que Pierre-Frédéric décrit dans un courrier de 1788 : "L'accident de la Véronique est vrai. Les nègres pendant la traitte en ont pris possession, l'ont conduite a une distance ou ils s'en sont emparé et en la quittant y ont mis le feu (les assurances étoient faites en plein et le 10 du mois nous en seront remboursé)». Son fils et successeur cherche d'autres objectifs commerciaux. Thomas Ier fonde en 1812 sa première maison de commerce avec Mathurin Trottier — premier propriétaire de la Bonne-Mère dont Eric Saugera vient de faire l'histoire — et lance l'activité baleinière et le commerce avec l'Extrême-Orient.  

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Rôle d'armement de l'Aimable Créole pour Canton, 1824 © ADLA

La première campagne baleinière, celle du Nantais, date de 1817; le Triton et l'Océan suivirent jusqu'en 1830. Le commerce avec la Chine a reposé sur un navire de 810 tonneaux, le Fils-de-France, dont le duc d'Angoulême a posé la quille le 4 novembre 1817 : l'Etat subventionne cette nouvelle orientation commerciale en réduisant les tarifs douaniers sur certains produits venant de Chine. Ces expéditions fournirent aussi de nombreuses œuvres d'art chinoises. L'armateur investit également dans une fabrique de feutre — utilisé pour l'isolation des coques de navires — et dans la métallurgie locale à Basse-Indre. Thomas II s'est mis à collectionner les objets d'art à partir de 1831 : incunables, estampes, monnaies, statues, meubles... Notamment des pièces de la collection Soltykoff dispersée en 1861. En voici deux éléments :

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Aquamanile du Lai d'Aristote. Statue début XVe s. © Musée Dobrée. Selon une légende médiévale, la courtisane Phyllis se moque du philosophe sous les quolibets d'Alexandre.[Voir + de détails]


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Reliquaire de saint Calminius © Musée Dobrée.

Calminius fut duc d'Aquitaine au VIIIe s. avant de fonder des monastères.

Ces œuvres d'art forment la base des collections du musée Dobrée, inauguré en 1897 et dont l'architecture est en rupture avec le classicisme auquel les riches nantais étaient habitués aux XVIIIe et XIXe siècles. Outre le palais Dobrée, Thomas II a acquis la "folie" du Grand-Blottereau où s'établira en 1917 l'état-major des troupes américaines. Accéder aux riches collections du Musée Dobrée.

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ARMATEURS D'ARTS : les Dobrée.  - Archives Départementales de Loire-Atlantique, jusqu'au 18 décembre 2011. Entrée et catalogue gratuits.


Tag(s) : #HISTOIRE 1789-1900, #NANTES