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Constance et Affad vivaient le grand amour à Genève. Dans ce 4ème volume, Affad, alias Sebastian, va rencontrer la mort que la secte gnostique lui destine.

Revenu à Alexandrie, « la déprimante cité des désirs clinquants, de l'avarice et de l'ennui !»,durrell_sebastian.jpeg escorté par le Prince, il comparaît devant l'inquisition de sa secte gnostique. « Le bras exécutif de la confrérie était limité à trois membres qui opéraient dans un solennel anonymat, au nom du groupe tout entier.» Affad se voit reprocher d'être tombé amoureux de Constance et donc d'être un traître. Sa rétractation envoyée par télégramme a croisé la lettre rituelle envoyée à Genève — et égarée par la faute de Constance. « Son élection serait-elle annulée du fait de son apostasie ?» Affad fait son mea culpa pris dans le dilemme de ses deux passions souveraines : l'amour, la mort. La mort avec la secte, l'amour avec Constance : « Voyez-vous, elle est tout à fait en désaccord avec nous » souligne le Prince qui poursuit : « Je crains toujours l'intervention des femmes, car alors les choses se compliquent immanquablement...» Penchée sur le cas d'Affad junior, Constance maudit « ce groupe de lugubres adorateurs de la mort qui projetaient, d'une Egypte en ruine, leur infantile désir de mort!» L'inquisition ayant maintenu l'élection d'Affad, celui-ci entreprend de faire ses adieux. Il se rend au monastère copte de Wady Natroun pour revoir la mère de son fils : à moitié démente, Lily vit en anachorète, recluse dans une cabane en plein désert. Il regagne ensuite Genève tenter de récupérer la lettre fatale. Il mourra sans avoir pu la lire.

Un dangereux criminel égyptien, Mnemidis, est placé à l'asile du Dr Schwartz. Constance le prend comme patient, mais il résiste au fait d'être soigné par une femme médecin, alors que Schwartz préférerait le renvoyer en prison : « il est ou trop fou ou trop sain d'esprit ». Un aliéniste est venu d'Alexandrie pour organiser son rapatriement par avion. Mnemidis, qui s'est emparé de la lettre fatale, poignarde un surveillant et s'évade déguisé en religieuse : il veut se venger des psys avant de quitter la Suisse. Croyant poignarder Constance chez qui il s'est introduit, c'est Affad qu'il poignarde, laissant dans l'appartement la fameuse lettre — qu'il avait lue, bien sûr, exécutant le noir dessein des gnostiques... Constance ne réussit pas davantage à soigner Sylvie : c'est sa patiente qui l'entraîne dans une relation homosexuelle. Le progrès de la santé d'Affad junior, dont Constance soigne l'autisme, n'est pas dû à la médecine, mais au hasard : son nouveau parfum rappelle à l'enfant celui de sa mère. Aux obsèques de son père, il va se blottir au côté de Constance. Elle qui avait autrefois avorté avant la mort de Sam, puis regretté son choix, se retrouve maintenant telle une mère adoptive.  

La mission de Lord Galen sombre à Genève dans le grotesque. L'homme au « Financial Times roulé sous le bras… comme d'autres emporteraient un livre de poèmes ou un roman…» a été nommé « Coordinateur Général du Bureau Central de Coordination ». Sa mission inclut « un rapport concernant l'avenir du livre européen, puisque c'est nous qui contrôlons tout le papier ». Il cherche au nom du gouvernement anglais les "pierres angulaires" pour reconstruire la culture ; on lui conseille "Ulysse" de Joyce, non pour ses innovations littéraires, mais parce qu'il moque l'Eglise et la crucifixion. Par ailleurs, Galen est venu soigner sa virilité dans l'établissement chic de Mrs Gilchrist. Sutcliffe rapporte la scène à Blanford : « Il y a là un monsieur juif qui désire être crucifié…» annonce une prostituée, et le bonhomme ivre et nu est attaché aux colonnes d'un lit à baldaquin, tandis qu'un ambassadeur lui lance : « Mon cher Galen, abandonnez votre lugubre monothéisme qui a engendré la séparation de l'homme d'avec la nature et libéré en lui le dévastateur originel. Plongez jusqu'au cœur de la réalité désarmée, inoffensive, qu'est le bouddhisme.» Mrs Gilchrist ayant ordonné « l'extermination du Juif » Galen est transformé en « guerrier maori» par les filles sacrifiant leurs tubes de rouge à lèvres. Et Sutcliffe de conclure : « Ainsi se termina pour Galen la recherche de la culture »

Ce volume reprend également le thème du romancier et de son double. Sutcliffe dit à Blanford : « toi, tu existes vraiment, tandis que moi, je ne suis qu'une fiction qui vit par procuration, et que l'on fait apparaître et disparaître comme un souvenir. Je n'ai que la réalité nécessaire au roman. Mon existence est purement contingente. Nos livres sont liés sans pour autant s'imbriquer l'un dans l'autre, si tu vois ce que je veux dire.» — Tous sont désormais prêts à rejoindre la Provence pour le finale !

Lawrence Durrell : Sebastian ou les passions souveraines. Traduit par Paule Guivarch, Gallimard, 1985, 228 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ANGLAISE