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« Lorsque la nouvelle de la mort de Tu parvint à Blanford…» Avec un tel incipit, "Livia ou  Enterrée vive" prend donc ouvertement la suite de "Monsieur ou le Prince des Ténèbres".

Les premières pages insistent lourdement sur cet enchaînement : pour cacher son Livia ou...angoisse de la mort, le jeune romancier Aubrey Blanford, accidentellement blessé au début de la guerre, a inventé l'écrivain Sutcliffe, qui a entrepris le premier volume du Quintet d'Avignon. Durrell semble beaucoup s'amuser de la relation entre l'auteur et son personnage, surtout quand ce personnage est lui-même un auteur qui, etc... au point de lui téléphoner et bavarder à propos de leurs aventures passées! Blanford explique le projet durrellien : « J'ai entrevu comme un quinconce de romans rangés en bon ordre classique. Cinq romans écrits dans un style quinconcial hautement elliptique inventé pour la circonstance. Bien que reliés entre eux, un peu comme des échos, ils ne seraient pas mis bout à bout à la façon de dominos — mais simplement appartiendraient au même groupe sanguin. Cinq panneaux pour lesquels votre "Monsieur"   décrépit ne fournirait qu'un assemblage de thèmes destinés à être remaniés dans les autres.»

Outre Sutcliffe, on retrouve des personnages connus ou qui leur ressemblent. Les portraits de Piers et Sylvie figurent dans la galerie du manoir Tu-Duc dont Constance a hérité et à quoi elle doit son surnom. Sa sœur Livia est courtisée par Blanford lors d'un été de vacances provençales. Outre Livia, Constance et Blanford, la compagnie comprend Félix consul anglais d'Avignon, Lord Galen étrange homme d'affaires qui s'intéresse au trésor des Templiers, le prince Hassad grand seigneur venu d'Égypte, etc... Livia, fille volage, jette l'alliance que Blanford lui propose, « elle était simplement une amazone portée sur la drague » et flirtait avec le nazisme. Un poème recopié pour elle explique le titre.

La montée des périls sert de contexte au roman : dans un rêve, Blanford imagine Sutcliffe et Pia à Vienne. Les nazis mettent à sac les maisons où habitaient des Juifs. Le divan de Freud est ainsi défénestré pour rejoindre un bûcher de livres. Pia, qui a suivi une psychanalyse, intervient pour sauver le divan : « Je l'enverrai à mon frère à Avignon ». Avant de repartir pour l'Égypte, le prince Hassad organise une fête nocturne géante au pont du Gard.

Voilà un roman pour fans du divin Lawrence qu'on surprend heureux de s'être installé dans le Midi, multipliant les expressions en français dans le texte. Les allusions littéraires locales — à Laure et Pétrarque, puis au marquis de Sade — passent au second plan derrière les considérations culinaires : « Si Avignon ne pouvait prétendre à la richesse et à la variété de la gastronomie lyonnaise, la cuisine régionale n'en était pas moins délectable à l'occasion. Même dans les régions les plus pauvres, la France semblait inépuisable pour un homme habitué à la nourriture anglaise.» On ne manquera pas de retenir le menu du banquet du prince Hassad - il figure en appendice!

Lawrence DURRELL : Livia ou Enterrée vive. Traduit par Henri Robillot, Gallimard, 1980, 286 pages. 

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ANGLAISE