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En 1964, il naquit à Kenzaburo Ôé un fils handicapé nommé Hikari et cela changea non seulement sa vie mais aussi le contenu de ses livres. Le roman "Une existence tranquille" fait partie de la seconde partie de sa carrière d'écrivain puisqu'il parut en 1990. Une fois que Hikari s'est fait un nom comme compositeur, Kenzaburo Ôé a annoncé qu'il n'écrirait OE-Existence-tranquille.jpegplus de romans ; c'était en 1994. Dans "Une existence tranquille" il s'agit d'une chronique familiale miroir de la famille Ôé : la famille est originaire de Shikoku, le père a étudié la littérature française et lu Céline, le fils aîné souffre d'un handicap. Etc...

L'incipit dresse bien le décor du récit : « Cela se passe l'année où mon père fut invité comme "writer in residence" par une université californienne et où, pour diverses raisons, ma mère choisit de l'accompagner.» La narratrice, Mâ — c'est un surnom — se retrouve donc seule à Tokyo avec ses deux frères, l'aîné, Eoyore, qui est handicapé, et le cadet, Ô, qui prépare son entrée en fac de sciences. Mâ, quant à elle, est étudiante en littérature française : elle lit Céline, notamment "Rigodon" et prépare un mémoire sur cet auteur. Elle s'occupe aussi de la maison et d'encadrer Eoyore. Le père, dénommé K, traverse une période de crise due à diverses causes : difficultés pour écrire, grave maladie de son frère, angoisse existentielle... Toutefois Mâ en veut à son père et à sa mère de les avoir en quelque sorte abandonnés.

Pendant que les parents sont en Amérique, Mâ tient un "Journal au nom de la maison". Elle y consigne les événements, petits et grands, qui se succèdent. Elle participe à l'arrestation d'un détraqué sexuel qui rôde dans le quartier. Elle et son frère aîné se rendent à Shikoku pour les obsèques de l'oncle. Elle accompagne Eoyore chez son professeur de musique Monsieur Shigetô. Ils discutent d'un remarquable film de Tarkovski : "Stalker" : ils s'interrogent sur la figure de l'Antéchrist. Mâ et Eoyore rentrent les arbustes en bacs dans la maison quand arrivent les premiers froids. Elle accompagne Eoyore à la piscine où Monsieur Arai lui sert de maître nageur. De Californie son père la met en garde contre ce playboy sur qui courent des rumeurs compromettantes. Ce dernier a des visées sur Mâ quand il apprend de la bouche d'Eoyore qu'elle a fait des rêves de mariage...

J'ai choisi de lire ce livre parce qu'il appartient aux productions les plus récentes de l'auteur et qu'il est publié en poche (folio). Mises à part les allusions au film russe et au roman de Céline, la lecture est souvent ennuyeuse mais les dernières pages suscitent un regain d'intérêt — et le titre s'en trouve expliqué.

Kenzaburo Ôé - Une existence tranquille. Traduit du japonais par Anne Bayard-Sakai. Gallimard, 1995. Folio, 288 pages.

Note sur les relations père/fils chez K. Oé. — La lecture de base c'est "Une affaire personnelle", mais bien d'autres œuvres évoquent ce sujet. Notamment : "Dites nous comment survivre à notre folie", ou "Une famille en voie de guérison". Se reporter à l'article de P.-L. Fort (in Recherches en psychanalyse", 2006). - Sur l'ensemble de l'œuvre de K. Oé, voir l'ouvrage de Philippe Forest, récemment réédité et complété (2012). Pour d'autres comptes-rendus d'ouvrages de Kenzaburo Oé, voir le site Lecture-Ecriture (auteur du mois, juin-juillet 2012).

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE JAPON