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Précédé d'une consistante préface de Roger Bastide, le récit picaresque de l'histoire de Quinquin-la-flotte est un petit chef-d'œuvre. L'action se passe à Bahia, la cité de tous les saints et de tous les péchés aussi.

L'histoire s'ouvre Amado-Quinquin.gifsur le décès de Quinquin, alias Joaquim Soarez da Cunha, « issu de bonne famille, fonctionnaire exemplaire de la Perception», devenu en prenant sa retraite un aimable clochard et vagabond dans le quartier des prostituées. Vanda, sa fille, cherche à organiser des obsèques au moindre coût en raison du "scandale" qu'il représente par sa famille. De leur côté, les amis du défunt entendent bien tenir toute leur place auprès de leur joyeux compère. En même temps, Bel Oiseau, Vent-Follet et Martin le Caporal convoitent les souliers neufs et les habits neufs du mort. « Vous êtes pires que des urubus après une charogne » leur lance Cosmétique, l'un des leurs. Mais à l'aide du tafia qu'ils ont apporté, ils réveillent peu à peu le mort ; ils l'accompagnent jusqu'à une maison close du quartier Pelourinho puis au port où Martin, qui leur a préparé une bouillabaisse, les emmène sur sa barque car Quinquin, ce vieux loup de mer, « ne pouvait pas mourir à terre dans un vulgaire lit.» Et la tempête se déchaîna...
 

Deux mondes se heurtent, deux sociétés également composantes du Nordeste. L'une est issue de la culture européenne "convenable" et rationnelle : « Tout en regardant le mort, cette désagréable caricature de celui qui avait été son père, [Vanda] arrêtait les mesures à prendre. D'abord, appeler le médecin pour le certificat de décès. Puis faire vêtir décemment le cadavre, le transporter à la maison et l'enterrer à côté d'Otacilia…» L'autre est la manifestation d'une culture populaire marquée par l'origine africaine : « La négresse était venue chercher les herbes dont elle avait un besoin urgent car c'était l'époque sacrée des fêtes de Xangô…», des herbes indispensables pour les rites du candomblé. Et déjà un improvisateur transposait en vers populaires les derniers moments de Quinquin. La nouvelle de Jorge Amado date de 1961 selon le copyright mais elle paraît tout juste écrite tant l'art de l'écrivain réussit à incarner ici authenticité et fraîcheur. Le conteur a laissé tomber l'idéologue.


• Jorge AMADO  - Les deux morts de Quinquin-la-flotte
Traduit par Georges Boisvert. Stock, 2008, 153 pages.

 

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