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Paul Sneijder, c'est le personnage du loser comme J.P. Dubois les aime. Dépourvu d'ambition, il a travaillé par nécessité ; incapable de passion, sa première femme lui a laissé Marie ; malgré tout il supporte lâchement le mépris et l'adultère de la seconde, Anna ; mère dominatrice elle forme avec leurs jumeaux le "clan Keller" dont Paul est exclu. Sa haine du trio atteint des sommets d'humour noir, d'envies meurtrières d'une irrésistible cocasserie.  Seule sa fille le rend heureux. Mais le 4 Janvier 2011 la cabine de l'ascenseur chute dans le vide : Marie meurt, Paul reste le seul survivant. Dès lors il n'a de cesse de comprendre les raisons de cet accident qui, techniquement, « n'aurait jamais dû avoir lieu »; « cela ne devait pas être et cependant cela fût.» Il se livre à une quête obsessionnelle de tous les documents techniques, les faits divers concernant les ascenseurs. Très traumatisé, travailler dans un lieu clos entouré de ses collègues lui provoque des crises d'angoisse : Paul devient promeneur de chiens. C'est sa révélation.

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On lui en confie trois réputés rétifs, agressifs ; avec Paul ils se montrent doux, lui manifestent de l'affection. Il se sent vivant, il les comprend : ces trois chiens refusent d'être asservis par les hommes, entendent préserver leur espace individuel par leur comportement. Paul se découvre comme eux, dominé par ses « frères humains », par la vie sociale dont l'ascenseur devient la métaphore : comme dans les cabines, la promiscuité, l'enfermement, la restriction d'espace dressent les hommes les uns contre les autres.

Qu'en est-il de notre libre arbitre? Notre existence dépend-elle du seul hasard, del'événement imprévisible, ou obéissons-nous aux « convocations du destin », témoin cet accident d'ascenseur? P.Sneijder en a acquis la claire conscience : « Es muss sein.» Désormais en marge de ses contemporains, « insectes soumis, avides et calculateurs », il s'assume : ni fou, ni cas psychiatrique, mais tel Béranger dans "Rhinocéros", incompris parce que trop lucide et trop libre en lui-même. Sous le satirique et le grinçant, J.P. Dubois poursuit sa méditation mélancolique et désenchantée sur le monde contemporain.

Jean-Paul DUBOIS. Le cas Sneijder, Editions de l'Olivier, 2011, 217 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE