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Hélène est recrutée par un vieil écrivain pour prendre en notes le roman qu'il lui dictera. Elle est logée dans la grande maison où l'écrivain réside avec Laure sa fille autiste et Constance une Laclv-Donnafugata.jpegdomestique fidèle. Il y a quelques années, la mère de Laure a quitté l'écrivain et depuis, comme dans le roman qu'il dicte à Hélène:

« Tout a été repeint, tout est beau et blanc, la maison ressemble à un bateau, avec ses coursives, ses pièces étroites comme des cabines… Ce bateau porte un nom, désormais : Thomas l'a baptisé Donnafugata, "femme enfuie", moins en souvenir de la résidence de don Fabrizio Salina dans Le Guépard, que parce qu'il n'a jamais connu de femmes qu'en partance, dans sa vie, dans ses livres : insaisissables, réfugiées sur un continent que ses mots ne peuvent atteindre.»

• L'originalité de la construction du roman se situe dans un double récit dont les deux éléments, conduits en alternance, finissent par se rejoindre. Le vieil écrivain dont la main tremble trop pour tenir un stylo dicte à Hélène le roman de Maria et de Thomas en choisissant différents moments de leur passion. Leur rencontre romanesque remonte à ses quinze ans à elle, à ses trente ans à lui, réfugié quelques jours dans la grande maison. Leur histoire d'amour rebondit des années plus tard : à quarante-cinq ans Thomas est devenu un écrivain célèbre ; Maria, sculptrice et encore célibataire, monte à Paris et ils se mettent en couple. Le temps passant, des tensions surgissent entre eux :

« Tu m'observes, tu me traques, comme si tu voulais m'enfermer dans un de tes livres : c'est effrayant. Tu ne réponds pas. Tu n'aimes pas que je te parle de cette façon, ça te dérange. Tu voudrais que je continue de poser en silence…» Et plus loin : « Déjà la Maria que tu imagines a plus de réalité que moi.»

Enceinte, Maria retourne dans sa maison du Midi, en bord de mer, pour mettre au monde et élever seule sa fille, la protéger. Le récit saute une fois de plus par-dessus plusieurs années : on retrouve Thomas auprès de Maria ; il a maintenant soixante ans quand il découvre sa fille qu'il n'avait vue qu'en photographie. Par la suite, une fois de plus, la crise éclate dans le couple ; la violence éclate, destructrice, et Maria s'éloigne de l'écrivain dont elle veut ignorer l'œuvre comme il minimise la sienne.

• Au fil des semaines, Hélène fait le lien entre ce qu'elle voit autour d'elle dans la maison de l'écrivain et ce qu'elle écrit sous sa dictée. Elle perçoit les tensions intérieures de l'écrivain qui parfois fugue jusqu'au port. Elle se rapproche de Laure, muette mais sensible à sa présence affectueuse. L'adolescente n'est-elle pas la fille de Maria et de Thomas, choquée par le désamour tragique de ses parents ? Et si l'écrivain était Thomas ? Etc. Mais l'écrivain se fâche quand Hélène insiste.

• Laclavetine adopte une écriture intimiste — et qu'on peut comparer à l'impressionnisme en peinture — renforcée par le tutoiement à destination d'Hélène, pour ce roman qu'on lira avec un plaisir certain. Le lecteur note aussi un vocabulaire recherché, par exemple pour décrire le jardin de la maison du Midi, ou le soin particulier pour présenter Maria et Laure dans leurs travaux de dessin et de peinture. Ou une attention à la pluie, au vent, aux variations de la météo, au déroulement du temps avec cette salle des horloges qui en est le symbole puissant découvert par Hélène dès son arrivée. Des horloges que Constance refusera de remonter après le drame.

Jean-Marie LACLAVETINE  -  Donnafugata  -  Gallimard, 1987, 178 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE