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La France se péri-urbanise : entre ville et campagne, un espace nouveau, sorte d'implant urbain, s'étale et intéresse les géographes, les sociologues, les urbanistes, les élus locaux... Et surtout les accédants à la propriété, les acheteurs d'un pavillon avec jardin, pour la vie active ou la retraite, par illusion naturaliste ou par nécessité financière. La couverture et le titre de l'essai de Jean-Luc Debry font croire que vous vous documenterez sur ce sujet. Il n'en est rien ! C'est un produit trompeur.

Certes, le premier chapitre (pages 16 à 25) fait croire au lecteur qu'il est sur la bonne voie avec ces mots-clés : « Univers pavillonnaire », « zonage de l'espace ». En fait, très vite l'auteur dérive vers ses sujets de prédilection : la critique radicale de la société marchande, du capitalisme mondialisé, des classes moyennes. Le tout étant Debry.jpgagrémenté de courtes citations inutiles de Deleuze, Foucault, Kracauer ou Habermas, histoire de montrer qu'on fait partie du bon camp, celui de la pensée critique. Aucun de ces grands intellectuels ne s'est —à ce qu'il semble— penché sur l'univers de la banlieue pavillonnaire. Quant aux spécialistes de la question, et aux chercheurs qui se consacrent à ce sujet, la bibliographie les ignore superbement, (hormis Nicole Haumont, "Les Pavillonnaires", L'Harmattan 2001). Certains passages sur l'urbanisme semblent sortir d'un mémoire soutenu à Lyon en 2006 par une étudiante d'IEP et que l'on trouve aisément sur Internet.

Autrement dit, le propos de J.-L. Debry est essentiellement fondé sur des généralités portant dénonciation de l'ordre social et de la propriété... Aucune étude de terrain, aucune étude de cas! Il y a en même temps quelque chose de déplaisant, un mépris certain des classes populaires actuelles, quand l'auteur fait le portrait des habitants des zones pavillonnaires : ces « moyens plus » sont injustement présentés comme des êtres décérébrés, aliénés et noyés dans leur entre-soi. Ceci a déjà été souligné par d'autres chroniqueurs (par ex. sur le site nonfiction) !

En revanche, certaines pages sont assez bien vues, mais sur d'autres sujets que l'espace pavillonnaire! Deux exemples à retenir : la rue piétonne (page 136), le village témoin (page 141). Le rue piétonne est justement ce qu'il manque dans une zone pavillonnaire, davantage vouée aux voitures qu'aux piétons : l'ironie fait mouche quand l'auteur évoque ces aménagements très marqués par des effets de mode. Quant au village témoin — mais pas le pavillon témoin qu'il aurait été judicieux de visiter — il donne l'occasion d'une réjouissante présentation critique du "revival" villageois que le tourisme favorise loin des concentrations urbaines : c'est « le mythe de l'âge d'or d'une ruralité heureuse ». Le village « s'autoproclame fleuri » et le visiteur ne risque pas d'être « géné par l'odeur d'une étable en activité » : il n'y a plus de paysans dans ce village, leurs noms figurent sur le monument aux morts.

Les libraires ne peuvent tout lire, hélas. Trouvé à la rubrique "sociologie urbaine", l'ouvrage aurait mieux sa place au rayon des lectures dispensables.

Jean-Luc Debry : Le cauchemar pavillonnaire. Éditions l'Échappée, 2012,163 pages.

Tag(s) : #SCIENCES SOCIALES, #URBANISME