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J.C. Kaufmann a voulu écrire "un petit livre qui puisse être glissé dans son sac" (250Kaufmann-Sac.gif pages quand même!)…un livre léger qui effleure son objet —le sac à main, à bandoulière— à la recherche de ses secrets et de ses pouvoirs. L'auteur le fait parler grâce aux nombreux témoignages féminins qu'il a sollicités en dix-huit mois "d'enquête". La subjectivité, l'émotionnel ruissellent de ces missives généreusement citées dans ce petit ouvrage. On y regrette les fréquentes répétitions et on le referme un peu déçu dans ses attentes : d'ailleurs Kaufmann s'en excuse par avance en dernière page…

• Depuis les aumônières médiévales, les réticules brodés du XVIIIeme et le sac noir des dimanches campagnards, cet accessoire a gagné toutes les classes sociales et accompagne tous les âges de la vie d'une femme. Divers, polysémique, rempli de contradictions, le sac constitue un prolongement de soi : autant il révèle la psychologie de chaque femme, autant il participe de l'image qu'elle veut donner d'elle-même.

• Kaufmann lui prête "deux vies", deux fonctionnalités : utilitaire, discret, c'est le sac de la semaine, souvent gros et lourd ; on y accumule tous objets, nécessaires, superflus et symboliques : les petits fétiches personnels...

Voyant, petit, le sac "des sorties" du soir et du week-end, outil de séduction assorti à la tenue et très "tendance"... Le premier marque la soumission de la femme à ses rôles et grossit lorsqu'elle cumule charges professionnelles et familiales ; le second signe la domination féminine sur ces messieurs… Rien là de bien nouveau!

• Plus intéressante, la distinction entre les femmes "monosacs" et les "multisacs": celles-ci entretiennent avec leurs sacs une véritable relation amoureuse et sensuelle, les achètent au coup de foudre et ne peuvent les jeter. Toutes les femmes interrogées partagent la même incapacité à sortir sans sac —elles se sentiraient alors "nues"—, la même anxiété du vol, la même angoisse de la fouille, véritable viol de leur intimité : le sac les rassure quand l'environnement les stresse.

• On regrette que l'auteur "ne soit pas allé plus avant dans le voyage" comme il le reconnaît. On aurait aimé croiser le regard extérieur et objectif du sociologue : quid du sac-à-dos tant à la mode? quid des sacoches d'ordinateur et autres cartables, substituts du sac aussi féminins que masculins désormais?

 

Jean-Claude Kaufmann   Le Sac. Un petit monde d'amour

J.C. Lattès éditeur, 2011, 251 pages.

 

 

Tag(s) : #SCIENCES SOCIALES