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Cet ouvrage, publié en décembre 2006, regroupe les vives réactions d'opposition de divers spécialistes au projet de loi pour la prévention de la délinquance, entré en application depuis Neyrandmars 2007. Dans son obsession de lutter contre l'insécurité, le pouvoir politique a mis en avant un rapport de l'INSERM préconisant le repérage et le traitement médical des "troubles du comportement" dès la maternelle; et le rapport Benisti, condamnant le bilinguisme dans les familles immigrées : il entraverait l'intégration de leurs enfants...

 

Il en est résulté la mise en place de multiples procédures de surveillance et de contrôle des enfants, des adolescents et des parents, dans diverses institutions : école, justice, médecine, action sociale.

Tout commence à trois ans : les "troubles des conduites" seraient prédictifs d'une délinquance en germe. Un bambin hyperactif mord-il son voisin, refuse-t-il d'obéïr ? On l'adresse au pédopsychiatre, le voici "sage" consommateur de Ritaline ou de psychotropes. De plus, dès la maternelle, un livret d'évaluation des compétences acquises par l'enfant le fiche jusqu'au collège ; il déresponsabilise les instituteurs ; dispensés d'inventer leur pédagogie en fonction de leurs élèves, ils les font bachoter selon les seuls objectifs spécifiés sur le livret. Si, parvenu à l'adolescence, l'élève tente de transgresser les normes, de provoquer professeurs et parents, le conseil de discipline l'exclut de l'établissement. Toute récidive autorise le maire à prononcer une sanction judiciaire à l'encontre des parents jugés irresponsables : par exemple, la suspension des aides familiales. Enfin, si l'adolescent mineur rackette ou vole au supermarché, il sera traité pénalement comme un individu majeur.

Au prétexte de lutter contre l'insécurité, l'État renforce les moyens de contrôler et de punir : or la répression sans prévention concernant des enfants et des adolescents ne résout rien. C'est même, pour les spécialistes insurgés dans ce livre, une grave régression, car on occulte tout le travail social qui tente d'éradiquer la délinquance en combattant la précarité et en améliorant l'éducation.

Ces politiques sécuritaires dispensent de comprendre les comportements dits "déviants", d'entendre la souffrance psychologique et le mal être social qui s'y expriment. Au lieu de créer du lien, on isole des "populations à risques".

Au lieu d'accompagner les parents de familles précarisées dans leur parentalité, on les accuse de "carence d'autorité", alors qu'ils sont victimes de situations socio-économiques qui les dépassent. Enfin,stigmatiser les jeunes "issus de l'immigration" alors qu'ils sont nés en France ne peut que les pousser à l'opposition violente.

Non seulement ces politiques sécuritaires cassent tout l'investissement d'entraide des associations ; mais elles font naître la honte chez les enfants en difficulté scolaire et l'humiliation de leurs parents.

 

Ce livre pointe aussi le scandale du lobby pharmaceutique : pousser à croire que les troubles du comportement sont inscrits dans les gênes et solubles dans la médicalisation représente un marché juteux, mais atteint gravement à la liberté et la capacité de tout être humain de se construire.

Surveiller et punir au lieu de travailler à réduire l'insécurité des situations précaires : c'est un ensemble de pratiques nuisibles au développement de l'enfant, au positionnement de nombreux parents en coéducateurs , à l'intégration des familles immigrées : aux valeurs républicaines et démocratiques.

 

Gérard NEYRAND (dir.)

Faut-il avoir peur de nos enfants ?

Politiques sécuritaires et enfance

La Découverte, 2008, 126 pages.

 

 

Tag(s) : #EDUCATION