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On croit d'abord à un roman humoristique, quand l'anti-héros des chapitres impairs, un traducteur qui a oublié son permis de conduire dans sa cuisine, se retrouve en pleine nuit, la Lardreau-Nord-absolu.jpgvoiture dans le fossé pour avoir heurté une sorte de caribou et que la police le soupçonne d'être un terroriste. Mais ce n'est pas lui le terroriste. On pense ensuite à un roman policier quand l'anti-héros des chapitres pairs commence à s'inquiéter de la disparition de son voisin bizarre, va fouiller chez lui sur les conseils de la concierge, et entreprend un périple en province sur la foi d'un dossier trouvé dans le violoncelle du disparu. Mais c'est un enquêteur peu efficace. On se retrouve ensuite dans un roman politique avec un candidat à la présidentielle, dangereux démagogue raciste, remake d'un certain 21 avril 2002, sauf que c'est lui qui se retrouve au pouvoir et qu'il transforme l'anti-héros en Héros de la Nation, rente à vie et logement de fonction. On passe alors à l'utopie écolo-radicale, avec police des poubelles, pannes d'électricité et projet d'attentat contre une centrale solaire bizarrement édifiée près du Cercle polaire ! On navigue en même temps dans un thriller façon terrorisme nucléaire, avec deux explosions, l'une qui coûte la vie à l'épouse du voisin, l'autre à celle de l'anti-héros impair — mais on découvrira qu'il nous a menti — et à toute une petite ville mais on n'insiste pas, ce n'est pas la capitale, c'est juste un coup monté par le diabolique Stalitlën (non je n'ai pas fait de faute de frappe) pour gagner la présidentielle. On nous propose aussi un roman sur le post-colonialisme — c'est la 4è de couverture qui le dit — avec une petite métropole d'allure scandinave qui avait conquis les 12 millions de kilomètres carrés de toundra de l'actuelle République du Nord, sorte de Russie riche en pétrole et gaz naturel de l'Obistan si ce n'est que sa croissance démographique est forte… On a également un roman de réalisme social avec immigration légale et illégale des "nordas", camps de réfugiés avec rumeurs d'extermination, quartiers défavorisés et rationnés en courant électrique. J'allais oublier : il y a même un roman d'amour, avec Janus le héros tiraillé entre Jane et Sofia, qui finalement lui claquent l'une et l'autre la porte au nez — elles ont bien raison.

Il y avait là, il est vrai, beaucoup d'ambition, beaucoup de thèmes empilés. Le roman à thèse reste un art difficile, à supposer que "roman" et "thèse" soient compatibles. Le risque de lourdeur est réel dans cette histoire  pourtant habilement structurée mais pour laquelle il est quelque peu difficile de se passionner car les pistes successives tombent à l'eau (comme le héros) les unes après les autres. L'humour est la première victime. L'enquête policière essaie sans grand succès de se changer en quête identitaire. Comparé à ce que furent les régimes de Staline et de Hitler le roman politique donne une dictature bien douce. L'utopie écolo, même, est à peine visible. La description des ravages de l'explosion nucléaire est assez vite contournée par le récit et l'impact de la religion "norda" sur le récit est perdu en cours de route. Devenant peu à peu raciste, le Héros de la Nation s'était fait rembourser le livre qu'il devait envoyer à sa filleule "norda". Une suggestion pour le lecteur ?

Fabrice LARDREAU. Nord absolu. Belfond, 2009, 190 pages.

 
Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE