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Au Grand Palais jusqu'au 25 janvier 2010, l'exposition «De Byzance à Istanbul» fait traverser les  civilisations qui se sont établies, on pourrait dire empilées, sur les rives de la Corne d'Or et du Bosphore.

Un long parcours. Une biographie urbaine dans ses âges successifs qui revivent sous nos yeux, de salle en salle, sous des éclairages étudiés, avec l'aide de cartes et de plans et surtout de dessins et de peintures des paysages que le regard des visiteurs des temps des Lumières et du Romantisme avaient transformé en icônes. Les photographies, notamment d'Ara Güler, montrent la ville du milieu du XXe siècle, et exposent leur nostalgie devantles quartiers durement marqués par le passage du temps.

 

Byzance est d'abord ville grecque. Au début du IVe siècle, le premier empereur chrétien en fait sa capitale : c'est Constantinople. Elle devint la capitale de l'empire d'Orient qu'on qualifia de byzantin, ce qui serait ultérieurement synonyme de tous les excès de complexité. En 1204 les Croisés prennent et saccagent une ville qu'ils avaient respectée en 1099. L'Empire latin est éphémère. En 1453 les Turcs ottomans s'emparent de la cité en déclin et font de Sainte Sophie une mosquée, devenue aujourd'hui un musée. Quatre siècles durant c'est le cœur d'un empire vaste et redouté. Constantinople devient alors Stamboul ou Istanbul.  En 1918 les troupes occidentales entrèrent dans une ville vaincue qui va perdre en 1923 son statut de capitale turque au bénéfice d'Ankara. Pourtant Istanbul est passée de 1 à 10 millions d'habitants en traversant le XXe siècle. Les grands travaux (métro…) provoquent des fouilles archéologiques qui retrouvent les ports antiques comme en témoigne la fin du parcours dans l'exposition.

 

L'initiation à la civilisation ottomane est encore plus imposante. C'est la vie de cour : elle est décrite par de nombreux objets et peintures qui proviennent du Musée de Topkapi.

La vie quotidienne, c'est la maison de café où les hommes se retrouvent entre eux. La vie quotidienne, c'est aussi la représentation des petits métiers par des gravures du XVIIIe siècle. Voici des cuisiniers portant des repas en route vers la caserne des janissaires.

C'est aussi la vie intime, avec les hammams, bains des femmes où les corps se dénudent, annonçant les rêves érotiques des orientalistes et du "Bain Turc" de Monsieur Ingres (qui ne s'est pas rendu sur place…)

Au premier plan de la gravure de Jean-François Le Barbier, d'étonnants sabots de bain dont le document ci-dessous (à droite) montre la finesse des détails. Hauts de vingt-deux centimètres ils sont constitués de bois incrusté d'ivoire, de nacre et de cuivre. De semblables sabots de bain aux pieds de la fillette dans l'œuvre de Rafael (à gauche).

  

Une mention toute spéciale pour qui se passionne d'architecture. Une salle de l'exposition montre, une à une, les coupoles peintes des églises et des mosquées — un délice que le catalogue ne peut reproduire et qui vaut le déplacement à lui seul.Les gravures ou les photographies des palais, dont beaucoup ont été édifiés au XIXe siècle sur les rives du Bosphore, nous montrent une ville pleine de grandeur mais inconsciente des périls que la navigation contemporaine fera courir à ces merveilles. Dans un des chapitres de son livre sur Istanbul, Orhan Pamuk a évoqué les catastrophes provoquées par les collisions de navires modernes.   

Parcourir cette exposition comme son catalogue amène à un surprenant constat : les images stambouliotes doivent beaucoup à des artistes européens venus travailler — souvent lors de séjours de plusieurs années. Cela vaut pour le XVIe siècle, avec Pierre Coeck d'Alost dessinateur de la vie des Ottomans, (1533) Heinrich Hendrowski, peintre d'un panorama de Constantinople (1590.) Cela vaut plus encore pour tout le XVIII° siècle avec Antoine de Favray (1706-1791), J-B. van Moour (1671-1737), Jean-Etienne Liotard (1702-1789)… En attendant les orientalistes tel François Dubois (1790-1871)...
 
J.E. Liotard de Genève surnommé "Peintre Turc"
peint par lui-même à Vienne 1744

(Florence, Galerie des Offices)

 

 

 

Tag(s) : #TURQUIE, #HISTOIRE GENERALE