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À partir de nombreuses enquêtes et témoignages, F. Dubet et un groupe d'enseignants-chercheurs ont tenté de comprendre comment les discriminations sont vécues par ceux qui les subissent : les minorités ethniques, les femmes et les homosexuels. Stigmatisées par des préjugés et des propos racistes, sexistes, qui les marginalisent, elles se voient en conséquence discriminées dans les faits : dans la recherche d'un emploi ou l'attribution d'un logement par exemple. Il apparaît que l'intensité du sentiment de discrimination est inversement proportionnelle à la discrimination objective réelle. En outre, tous les "stigmatisables" et "discriminables" ne le sont ni toujours ni partout. Tout dépend souvent du milieu de vie et des conditions sociales. Pour les classes populaires, pour les parents immigrés, la discrimination n'est qu'une injustice qui s'ajoute aux autres. En revanche, dans les classes moyennes et supérieures et pour les enfants de migrants nés en France, à réussite scolaire et professionnelle égale à celle des Français "de souche", le ressenti de discrimination est plus fort, la méritocratie un leurre à leurs yeux.Dubet-Pourquoi-.png

• Selon cette étude, en France, une minorité d'individus fait "l'expérience totale" de la discrimination; se sentant écrasés, relégués, ils réagissent par la colère, la dépression ou la réclusion volontaire. Mais F. Dubet montre bien que la plupart refusent toute victimisation et mettent en œuvre diverses stratégies de résistance : le déni, l'esquive, le conformisme mais aussi l'affrontement revendicatif. Ces minorités refusent toute assignation identitaire et stigmatisante; ou communautaire et réductrice; comme elles refusent la "discrimination positive" qui fait d'elles des personnes redevables.

• Le ressenti de domination apparaît beaucoup plus fort dans les marchés du travail ouverts, comme l'industrie audio-visuelle, que dans les marchés fermés tels les métiers de la santé ou du bâtiment. Par ailleurs, selon F. Dubet, l'hôpital a su s'adapter, tenir compte de la différence culturelle des malades et privilégier la logique médicale; les discriminations y seraient moins perceptibles qu'à l'école qui, elle, ne parvient toujours pas à prendre en considération les différences culturelles des élèves.

• Depuis une vingtaine d'années, on dénonce le principe républicain de l'indifférence aux différences car il induit l'indifférence à toutes les discriminations. Toutefois, la lutte pour les réduire n'entraîne pas nécessairement une transformation des représentations des minorités dans l'opinion publique souvent en porte à faux entre reconnaître le genre, la couleur, la religion ou les ignorer au nom du principe d'égalité. Or, "la plupart des personnes que nous avons rencontrées ne demandent rien de plus que d'être traitées comme toutes les autres", reconnues égales et différentes.

• Les conclusions de cet essai rejoignent, sans pourtant les mentionner, celle du psychologue Carmel Camilleri dans "Stratégies identitaires" paru aux PUF en 1990. Une vingtaine d'années plus tard, la société française peine toujours à s'accepter "arc-en ciel".

François Dubet, Olivier Cousin, Eric Macé, Sandrine Rui. - Pourquoi Moi ? L'expérience des discriminations. - Seuil, 2013, 360 pages.

 

Tag(s) : #SCIENCES SOCIALES, #ESSAIS