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Il existe des romans qui partent d'une idée excitante et qui perdent ensuite le lecteur dans l'ennui le plus profond : "Chien galeux" est de ceux-là.

• Tout commençait bien pourtant. Un certain Lightborne, qui gère une galerie new-yorkaise spécialisée dans l'art érotique, et en réalité plutôt obscure, cherche à acheter et revendre un film tourné à Berlin en 1945 et qu'on dit pornographique. On y verrait une orgie dans le bunker du Führer... Au tout début du roman, cette mystérieuse pellicule coûte la vie au vendeur qui s'est travesti pour opérer la transaction dans un quartier mal famé. La police n'enquête pas : Christoph, le travesti d'origine allemande, aurait fait une mauvaise rencontre, tant pis pour lui. Sa veuve, qui n'en saura pas davantage, cherche, elle aussi, à vendre au plus offrant...

Les premières dizaines de pages sont consacrées de façon classique à la mise en place des personnages. Moll, une grande femme aux cheveux bouclés, écrit des articles pour le "Chien galeux", un journal radical qui avait fait dénoncé la guerre du Vietnam. Sa rédactrice en chef, Grace Delaney, qui a eu des problèmes avec le fisc, projette de saper la réputation d'un éminent sénateur, Lloyd Percival, qui s'intéresse officiellement au contrôle du financement des services secrets, et collectionne en secret les œuvres d'art érotiques. Plusieurs personnages aux attributs incertains vont et viennent, tel Lomax dans sa limousine, tandis qu'autour du sénateur gravitent d'autres hommes de l'ombre pris dans des logiques opaques. Le style de Delillo réussit très bien à rendre compte de toutes ces incertitudes.

• Progressivement, passé les pages 50-60, le récit s'embrouille et ennuie le lecteur le mieux disposé, dans de petites séquences à l'intérêt incertain entre Washington et le Texas. La baudruche du thriller se dégonfle au fur et à mesure : tandis que des comparses sont encore prêts à s'étriper dans l'Ouest, fascinés par les armes à feu et les poignards, les acheteurs potentiels ne paraissent plus très motivés par le film que Lightborne doit visionner, et le sénateur Percival en vient à épouser une jeune femme dont le père collectionnait l'art asiatique...

• Inutile pour racheter ce roman de convoquer les thèmes que l'on dit chers à DeLillo — ceux du mensonge ou de la chute — pour prétendre sauver ce qui ne peut l'être… Seuls les inconditionnels de l'auteur trouveront de l'intérêt à ce titre amplement surcoté. Plutôt que de supporter les 200 dernières pages de cet opus poussif, relisez un Salinger ou un Faulkner!

Don DELILLO.  Chien galeux.

Titre original "Running Dog", New York, 1978. - Traduit par Marianne Véron. Actes Sud, 1991, et Babel.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS