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Cette nouvelle traduction du polar mythique de Dashiell Hammett ignore tout usage de moisson-rouge.jpgl'argot parisien des années trente ou quarante contrairement à l'ancienne édition reprise en "folio policier". En clair, les "pruneaux" sont redevenus des balles et les "flingues" des armes. L'histoire reste-t-elle la même ? Pas tout à fait. On se sent vraiment en Amérique ! Personville alias Poisonville, une cité industrielle et minière des Rocheuses, vit au temps de la prohibition, du capitalisme sauvage et de la police corrompue. Tandis qu'un richissime homme d'affaires se terre dans sa chambre, son fils qui dirige le journal local se sent menacé. Rentré depuis peu de l'étranger, il a fait appel à un détective d'une agence de San Francisco. Mais son client est abattu avant de pouvoir le rencontrer.

 

Il s'ensuit une histoire pleine d'intrigues compliquées par les rivalités des bandes qui écument la ville. Le détective reste anonyme mais pas inactif. Au fur et à mesure qu'il progresse dans ses investigations, de nouveaux cadavres s'ajoutent à celui de Donald Willsson. Le chef de la police et les truands multiples qui peuplent le récit s'affrontent indéfiniment, comme si, par sa présence, l'enquêteur – qui ignore la déontologie de son métier – avait déclenché une machine infernale. Le titre est explicite et passé le milieu du récit on peut s'embrouiller sans honte dans le décompte des victimes.

 

Instituant en quelque sorte les codes de ce genre de polar, les scènes de crime se suivent selon un rythme endiablé. Entrepôts de whisky de contrebande, salles de jeux, maisons isolées à l'abandon. Les uns vident leurs chargeurs à la vitesse où les autres vident leurs verres d'alcool. Poursuites en voitures, combat de boxe truqué, femme fatale. Tout y est de cette Amérique violente d'avant le krach et alcoolisée derrière le voile hypocrite de la prohibition. Non tout n'y est pas : puritanisme oblige, il n'y a pas de scène de sexe bien que le second personnage le plus important du récit soit une femme fatale. Or, Dinah Brand n'a rien à voir avec la vamp hollywoodienne. Le détective, qui est aussi le narrateur, traduit ainsi le climat de leurs rencontres : « Elle me traita de sale radin et attrapa la bouteille de gin.»

 

Avec "Scarface" d'Armitage Trail (1930) — l'autre pilier du polar classique ! — voilà de quoi donner l'impression de revoir des scènes de célèbres films en noir et blanc — par exemple "les Tueurs" de Robert Siodmak avec Ava Gardner...

 

Dashiell HAMMETT

Moisson rouge

[Red Harvest, Alfred A. Knopf, 1929] Nouvelle traduction par Natalie Beunat et Pierre Bondil. Gallimard, Série noire, 2009, 283 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS