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On connaît les imprécations de Camille dans "Horace" de Corneille : « Rome, l'unique objet de Minard---Olimpia-copie-1.jpgmon ressentiment ! Rome enfin que je hais, etc. » Comme c'est gentil à côté des invectives que lance Olimpia Maidalchini dans ce court roman de Céline Minard écrit durant son séjour à la Villa Medici. Olimpia s’en prend à Rome, aux Romains, au pape Innocent X qui était son beau-frère, à son propre fils Camillo, à sa belle-fille. Elle appelle les divinités des eaux à faire déborder le Tibre, les fontaines et les égouts, pour les noyer tous. « Par toutes les bouches que les Pont Max qui m’ont précédée ont baptisées, je la noie, l’immense salope pourrie de mouches qui crut secréter la civilisation… » 

 

Petit-fils de cardinal, cardinal lui-même depuis 1627, Giovanni Battista Pamphili, était devenu pape à 72 ans sous le nom d’Innocent X. Quand le lecteur commence la lecture du roman de Céline Minard, il vient de mourir, le 7 janvier 1655 après onze années sur le trône de Pierre, pendant lesquelles sa belle-sœur Olimpia, occupa une position privilégiée à ses côtés, à la fois secrétaire, infirmière, égérie, héritière et peut-être amante.

Anonyme-XVIIe_.JPG Au décès du pape, elle s’emporte : « Ta dépouille difforme et gonflée, noircie, liquéfiée par trois jours de putréfaction dans une cave à fromage, ton corps déserté rentré dans sa bière à coups de poings par une bande d’ivrognes détruits et hilares n’est que l’ordre des choses, le revers du pouvoir, le carnaval, l’exutoire. Aux vivants la gloire, aux crevés la fosse. » Ses récriminations, ses imprécations, ses colères — telle est la teneur essentielle de l’ouvrage cinglant de Céline Minard, que complète une brève seconde partie, de style neutre, destinée à redonner des repères au lecteur qui se serait senti défaillir.

 

Chassée de Rome en 1655 par le nouveau pape Alexandre VII qui entame un procès contre celle qu’on qualifia de papesse, Olimpia en appelle aussi à la peste pour les tuer tous ! Et la peste vint, fit cent soixante mille morts et n’oublia pas Olimpia qui s’en était retournée à Viterbe.

 

« Olim pia, nunc impia » : Jadis pieuse, aujourd’hui impie. Ce jeu de mots romain — qui dit-on fut accroché à une statue parlante, celle de Pasquin, près de la piazza Navona — se découvre assez vite dès lors qu’on cherche à connaître cette Olimpia à la langue de vipère. « Le peuple m’a suffisamment comblée en m’appelant Pimpaccia et impia et putain de pape et suceuse d’Innocent et vamp, vampiria et femme à sceptre… » Elle s’était remariée avec un vieil aristocrate romain, Pamphilo Pamphili, dont le frère est cet Innocent X qui aménagea la piazza Navone telle qu’on la voit aujourd’hui avec fontaines et obélisques, pour magnifier le (premier) palais familial (devenu ambassade du Brésil…), et accueillir fastueusement les 700 000 pèlerins du jubilé de 1650.

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La Galleria Doria Pamphili occupe le palais qui revint à Camillo, le neveu du pape ; il s’était marié à une autre Olimpia, une Aldobrandini, elle même veuve d’un prince Borghèse en 1647. Que serait Rome sans eux ? Le buste en marbre de Donna Olimpia qui a inspiré Céline Minard est dû à Alessandro Algardi ; il est conservé à la Galleria Doria Pamphilj en compagnie du célèbre portrait d’Innocent X par Velasquez — celui-là même que Francis Bacon Innocent-X-Velazquez.jpgreprit et tortura, comme en un lointain écho des imprécations de Donna Olimpia.

 

Céline MINARD - O l i m p i a - Denoël, 2009, 91 pages

 

Piazza Navona, encore, avec le tableau de van Wittel de 1699, coll. Museo Thyssen-Bornemisza.

 

 

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE, #ROME