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On ne peut que souhaiter beaucoup de lecteurs à cet ouvrage. L'auteur présente une synthèse édifiante de l'ampleur du décrochage scolaire au niveau international. Aucun pays n'y Blaya-Decrochages.jpgéchappe : c'est devenu un fait de société préoccupant dont le coût humain et social ne cesse de croître. En France, malgré de nombreuses actions des politiques publiques, le décrochage scolaire reste peu reconnu des chefs d'établissement et des enseignants. Selon C.Blaya il est trop facile et injuste d'en faire porter la responsabilité aux seules familles – voire de leur supprimer les allocations – ou de traiter le problème par la répression comme on le fait en France, où l'on considère, souvent à tort, qu'un jeune en décrochage scolaire est nécessairement délinquant : on cherche seulement à réduire les désordres urbains, non à prévenir le risque pour beaucoup d'élèves. 150 000 en France quittent chaque année le système scolaire sans aucun diplôme. Après un état des lieux, l'auteure apprécie diverses actions de prévention aujourd'hui dans le monde.

• Le décrochage scolaire est un processus dont il n'existe aucune définition standard : c'est une problématique multidimensionnelle, un désengagement cognitif de certains élèves qui s'inscrit dans la durée et aboutit à l'abandon de toute scolarité. Deux profils se dégagent : l'élève perturbateur en classe, agressif, violent ; à l'inverse le "décroché de l'intérieur", silencieux, assidu, invisible : car l'élève en situation de décrochage est mentalement absent. Mais, soyons prudents : tout jeune perturbateur n'est pas plus systématiquement en voie de décrochage que l'élève passif et mutique ; c'est l'accumulation de diverses facteurs qui doit alerter. C.Blaya a raison d'insister sur le fait que le décrochage existe dans tous les milieux sociaux, et concerne plus souvent les garçons.

• Le jeune à risque a souvent vécu l'échec et le redoublement au collège, voire en primaire, en raison de difficultés d'adaptation aux normes scolaires : sans appétence pour des matières qui ne font pas sens à ses yeux, il subit l'ennui, vit dans l'anxiété d'un nouvel échec et développe des stratégies d'évitement : préférant s'absenter, être jugé fainéant plutôt qu'incompétent.

L'absentéïsme peut aussi résulter de la maltraitance des pairs ; dans tous les cas l'élève se construit une image négative de lui-même, perd toute confiance en soi et se replie dans sa solitude ; cette souffrance psychologique peut mener à la dépression, voire aux tentatives suicidaires. Elle peut, en revanche, s'exprimer par l'opposition violente à l'institution : fier de ses  nombreuses exclusions temporaires, un élève peut devenir le héros d'une bande de jeunes du quartier et dévier vers la délinquance ou la toxicomanie. Toutefois, les chiffres le prouvent, cette dérive ne concerne qu'une minorité d'élèves en situation de décrochage : la majorité d'entre eux restent chez eux, entre la TV et l'ordinateur.

• C. Blaya ne mâche pas ses mots : l'école elle-même peut induire le décrochage en raison de l'attitude des acteurs éducatifs : souvent humilié devant la classe, l' élève en difficulté a le sentiment qu'il ne compte pas pour l'enseignant. L'absence de bienveillance et d'empathie accentue le mal-être de ces jeunes fragiles qui souvent subissent une orientation non choisie vers l'enseignement professionnel : ils s'y sentent relégués et souffrent de cette stigmatisation.

À ces facteurs intrascolaires peuvent s'ajouter les difficultés socio-économiques du milieu familial, les conflits parentaux ou un discours dévalorisant sur l'école et ses règles.

• C. Blaya distingue des programmes de prévention dont l'efficacité est incontestable, surtout aux États-Unis. En France prolifèrent les M.G.I., R.A.R. et autres P.P.R.E…Toutefois on n'y met en oeuvre que des remédiations partielles, comme des cours de soutien ou de l'aide aux devoirs ; or on ne peut sauver ces élèves, souligne C.Blaya, si on ne prend en charge qu'un des facteurs identifiés et non l'adolescent en difficulté dans sa globalité. De plus il n'existe guère en France d'évaluation de ces actions qui manquent souvent de pilotage et de pérennisation. L'auteure casse des idées reçues et convoque les acteurs éducatifs au banc des accusés : leur manque d'information, leur fréquent refus de percevoir les élèves autrement,"l'effet établissement" enfin, contribuent à multiplier les risques de voir se développer des situations de décrochages, ostensibles ou silencieux. Il est temps, pour C.Blaya, d'accepter la réalité dramatique de la souffrance psychologique de bien des adolescents à l'école.

Catherine BLAYA  -  Décrochages scolaires. L'école en difficulté

Editions De Boeck, 2010, 192 pages.

• Voir aussi sur Wodka: "Des héritiers en échec scolaire"

 

 

Tag(s) : #EDUCATION