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Cet ouvrage présente les résultats d'une enquête lancée par la C.N.A.V. dans la France entière sur le P.R.I. : le Passage à la Retraite des Immigrés. Environ 6000 d'entre eux, âgés de 45 à 70 ans à l'époque (fin 2002-début 2003), ont répondu à des questions très variées concernant autant leurs propres vies que celles de leurs descendants (environ 19.000 dénombrés). C. Attias et ses collaborateurs voulaient analyser le devenir social de ces enfants d'immigrés et faire tomber les préjugés et stéréotypes qui stigmatisent cette seconde génération. L'enquête a le mérite de son originalité, mais que révèle-t-elle?
La majorité des enfants d'immigrés réussit son insertion socio-professionnelle dans la société française. Ce bilan peut sembler bien optimiste ; précisons que les données collectées datent de Novembre 2002 à Février 2003 : le contexte social français a beaucoup évolué depuis. De plus, l'enquête prend en compte les immigrés de tous les pays : Europe du Nord, du Centre et de l'Est ; Asie, Maghreb, Turquie et Afrique sub-saharienne.

Qu'apprend-on?

À condition sociale et familiale comparables les enfants d'immigrés nés en France disposent du même potentiel de capacités que les jeunes français de France : ce n'est pas un scoop, Lévy Strauss l'a dit dès les années 1950. L'ethnicité, l' "origine" n'ont aucune influence sur le destin social des enfants. L'enquête montre aussi que la migration brise généralement les transmissions inter-générationnelles : pour se construire une identité personnelle et accéder en France à l'autonomie, les enfants d'immigrés se délient de leurs appartenances aux traditions : leur acculturation les met en désaccord avec les valeurs et les normes qu'elles imposent. Toutefois demeure la solidarité familiale sous forme d'échange de services ou de don d'argent.

Quels sont les facteurs de réussite?

Quel que soit le pays d'origine, le niveau de scolarisation des parents compte autant que leur projet migratoire : s'ils ont choisi d'émigrer pour assurer à leurs enfants un meilleur destin que le leur, ces derniers ont plus de chances que si la famille projette de retourner au pays natal. Car les parents, dans le premier cas, leur transmettent une représentation positive de l'école. Quel que soit le pays d'origine, –sauf la Turquie–, les filles réussissent mieux que les fils : les études les libèrent d'une éducation traditionnelle étouffante et elles réalisent souvent le rêve d'émancipation de leur propre mère. Enfin et surtout, la réussite des enfants d'immigrés dépend du capital économique et culturel des parents, ainsi que de leur maîtrise de l'environnement dans la société d'accueil.
Selon les résultats de cette enquête, le taux de réussite est élevé pour les enfants d'immigrés d'Europe et d'Asie ; très bon pour une majorité des jeunes d'origine maghrébine, turque ou africaine. En revanche, un tiers de ce second groupe affronte un destin social plus incertain : surchômage, précarité, discriminations à l'embauche.

Quels sont les facteurs de moindre réussite?

En premier le facteur linguistique : la difficulté des parents à parler et lire le français accroît le risque de chômage des fils, algériens surtout, car les parents leur transmettent leur handicap linguistique. En outre, si ces géniteurs venus d'Algérie parlent négativement de la France, s'ils véhiculent les stigmates de la colonisation et de la guerre, ils entravent l'intégration de leurs enfants. S'y ajoute le rôle du lieu de vie : l'enquête montre que la réussite des jeunes de familles maghrébines et africaines vivant en cités reste plus difficile en raison de la culture de la rue et du peu d'insertion des mères dans la vie sociale.

Deux cas à part sont à noter :
— La remarquable réussite des enfants asiatiques : leurs parents attachent une forte valeur à la scolarité et aux mathématiques et peuvent compter sur l'efficacité des réseaux des familles élargies.
— Le destin des filles d'origine turque : la forte tradition du mariage précoce et de la claustration au foyer limite leurs possibilités de réussir, bien que, selon les auteurs, cette situation soit en train d'évoluer.

• Claudine Attias-Donfut et François-Charles Wolff ont eu raison d'insister sur la réussite des enfants d'immigrés et de s'insurger contre le refus des médias et des politiques de la reconnaître pour ne mettre en avant que les échecs de ces jeunes. Il faut cependant raison garder face à l'optimisme de l'ensemble des résultats et surtout espérer une meilleure prise en charge, par les politiques publiques, des enfants d'immigrés les plus défavorisés. Avec ses annexes statistiques, cet ouvrage sera du plus haut intérêt documentaire pour les enseignants de sociologie, d'histoire et de géographie, comme pour les élèves recherchant de la matière pour des TPE.

Claudine ATTIAS-DONFUT et François-Charles WOLFF
Le destin des enfants d'immigrés

Stock, 2009, 315 pages.

=> À partir de la même enquête, Claudine Attias a aussi réalisé un travail sur l'enracinement des immigrés, chroniqué sur ce blog.


 
Tag(s) : #SCIENCES SOCIALES