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Bruno Cabanes et Guillaume Pikety, suite à un séminaire de l’IEP sur les sorties de guerre ont Cabanes-Pikettyorganisé en 2008 un colloque dont les actes ont donné ce livre : « Le retour à l’intime au sortir de la guerre. » La recherche délaisse les domaines traditionnels pour se consacrer aux corps, à la vie privée, à l’intimité du couple — voilà une autre « fin de l’Histoire » qui s’appuie pour l’essentiel sur la fin des deux guerres mondiales. D’où dix-sept contributions d’historiens presque tous français et américains, qui ont travaillé sur des sources très variées (archives publiques, presse, correspondances privées, journaux intimes, interviews).

Le thème du retour du combattant dans son foyer est considéré sous plusieurs angles. Le retour du soldat est rarement aussi heureux que ce qu’il avait espéré ; sa condition physique et morale a été altérée (communications de Manon Pignot et de Clémentine Vidal-Naquet). L’alcoolisme est un héritage fréquent des tranchées de 14-18 et la nostalgie du front peut parfois accompagner la démobilisation. Les femmes ont pris des attitudes et des responsabilités nouvelles pendant l’absence des combattants et l’équilibre du couple s’en ressent. Les jeunes enfants peuvent réagir au retour du père qu’ils connaissent mal comme à l’arrivée d’un intrus.

Sortie de guerre suivante, les communications traitent surtout de l'Allemagne, entre autres de la question du suicide à la fin du IIIe Reich, — au moins 7000 pour Berlin au cours de la seule année 1945 — du sentiment d’angoisse de la population allemande en 1945 (communications de Christian Goeschel et de Frank Biess). Il est aussi question du logement dans Munich en ruines en 1945-46, des camps de personnes déplacées dans l’Allemagne de l’immédiate après-guerre et notamment de 250 000 Juifs de l’Est survivants du génocide, les « She’erit Hapletah », pressés de fonder une famille et de gagner la Palestine (communication d’Atina Grossmann).

Le « syndrome du survivant » étudié par Bruno Cabanes a particulièrement retenu mon attention : on y voit les psychiatres s’interroger sur eux-mêmes au moins autant que sur leurs patients.

« … c’est en fait l’organisation de toute une profession qui est en cause : les mêmes psychiatres allemands qui statuent dans les années 1950 sur le droit des rescapés, exerçaient déjà, pour certains d’entre eux, sous le IIIe Reich. Beaucoup restent pétris d’une idéologie néodarwinienne, selon laquelle les survivants sont nécessairement les mieux portants, les plus forts, physiquement et psychologiquement – d’où leur incrédulité face aux troubles qu’ils manifestent. »

• Comme dans la plupart des livres de ce genre, il n’y a pas de conclusion. Donc : à grappiller selon vos centres d’intérêt.

Bruno CABANES et Guillaume PIKETTY (sous la direction de)
Retour à l'intime
Tallandier, 2009, 315 pages.



 
Tag(s) : #HISTOIRE 1900 - 2000