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Ce roman publié en 1980 a un air inachevé comme l'Allemagne à la veille de sa réunification. Il possède une forte dimension dramatique qui ne doit pas surprendre puisque l'auteur, Botho Strauss, est l'un des principaux dramaturges contemporains.

Bekker, le personnage central, un "anti-héros" si l'on peut dire, est assez antipathique, voire pitoyable. On fait sa connaissance à l'occasion d'une fête bien arrosée chez son ancien employeur. On le retrouve avec sa fille Grit lors de vacances dans les Alpes. Elle a quitté son agence de voyages pour s'occuper de lui, le protéger. Or, à la suite d'une maladie qui a nécessité son hospitalisation, c'est lui qui devrait retrouver son rôle de père protecteur. En fait, cela fait des années que le père et la fille s'ignoraient. Bekker vient de se séparer de sa femme ; il est au chômage et du fait que sa fille vient aussi de se séparer de son petit ami – qui néanmoins tient la boutique en attendant –, il va tenter de cohabiter avec elle.

Mais tout va continuer à avancer de travers. Certains y verront comme une parabole de l'histoire allemande et de son "Sonderweg", ce destin si particulier qui a mené au pire que l'Europe ait connu. Bekker boit trop. Bekker perd la boule. Bekker ne dit pas les mots qu'il faut. Bekker a des initiatives idiotes. Comme celle d'inviter un paquet de clandestins pakistanais à se présenter dès lundi 8 heures à une entreprise qui porte son nom — et qui n'est pas la sienne — et entre temps, les dénoncer à la police…

Après son opération ratée, Grit va avoir de plus en plus de mal à supporter cet ours mal léché. On la comprend ! Bekker devra encore plier bagages — il n'en a guère — et peut-être retrouver du travail chez Zachler qui l'a habilement sauvé de la prison. Zachler est ce patron qu'il déteste, sans doute parce que tout lui réussit dans cette entreprise qui fait commerce d'informations technologiques.

Prématurément vieilli, un pied dans la déchéance, Bekker est un gaffeur et un looser. Il ne me paraît pas du tout pertinent d'approuver la 4ème de couverture de Gallimard quand elle parle de « mise en question de la "civilisation" moderne » et de « notre société semblable à une machine folle ». C'est moi qui souligne. Le chaos est dans la tête de Bekker, et la maladie dans le corps de Grit, comme le mal est inséparable de la condition humaine. C'est intemporel.


Botho STRAUSS
Raffut (Titre original "Rumor")
Traduit par Eliane Kaufholz
Gallimard, 1982, 178 pages.




 
Tag(s) : #LITTERATURE ALLEMANDE