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Le prévenu Bob Straout est un sujet du royaume d'Alcatraz. Il est accusé de zeytountsian-homme.jpegmeurtre et s'en accuse lui-même. Condamné à mort il est grâcié par le roi dont l'avènement coïncide avec le procès caricatural. Straout se retrouve donc prisonnier à perpétuité. Complétant ses trois seules années d'école, il lit beaucoup, et devient un ornithologue de réputation mondiale. Ainsi il se sent de plus en plus libre, comme il le prouve en discutant, notamment avec son gardien. Autrement dit, B. Zeytountsian nous adresse une confirmation d'un paradoxe de la théorie existentialiste de Sartre.

Or l'auteur arménien ne s'en contente pas. Son texte est une pièce de théâtre camouflée en un roman fortement dialogué et complété de paragraphes qui pourraient n'être que des didascalies. Mais théâtre de l'absurde s'entend. «L'homme le plus triste » se donne aussi par moments la satisfaction de saluer les droits de l'homme et la dissidence soviétique, contre une mention pour le génocide de 1915. Parodiant Lénine en ordonnant « Enfermez tous les dissidents » le roi tient à passer pour un méchant tyran soviétique au moins face à ses ministres : des Situations difficiles, des Questions délicates, et de la Sincérité — ce qui pour un texte de 1975 est une belle anticipation sur la "glasnost" chère à Gorbatchev.

On a déjà dénoncé l'URSS — dont faisait partie l'Arménie — comme une gigantesque prison. « Qui sont ces Arméniens ..? Je n'en ai jamais entendu parler…» dit Straout (et non son gardien, ce qui eut été plus logique dans une perspective de pièce politique.) Mais il est plus rare d'en faire une prison loufoque! En effet, le prisonnier prétend bénéficier du droit français — suite à une promesse de mariage avec Héra —  pour n'en pas sortir, contredisant ainsi la volonté du roi. Celui-ci se vengera en faisant installer le confort moderne dans la cellule élargie du prisonnier qui reste triste — le roi aussi d'ailleurs... 
C'est drôle parfois, mais en ce qui concerne la fin… comprenne qui pourra.

Berdj ZEYTOUNTSIAN
L'homme le plus triste

Traduit de l'arménien par Robert Der Merguerian et Renée Meldonian
Editions Parenthèses, collection Diasporales, Marseille, 2002, 137 pages.

 

 

Tag(s) : #IRAN & CAUCASE, #ARMENIE