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On dit qu'en Martinique il tient lieu de père Fouettard pour que les petits enfants se dépêchent d'aller Pere-Labat.jpgau lit ! Qu'a-t-il donc fait pour mériter pareille réputation ? La biographie romancée que donne Aurélia Montel expose de manière souvent truculente et ironique les aventures antillaises de ce personnage qui n'a rien du religieux charitable à l'image de Vincent de Paul.

• Jean-Baptiste Labat était un dominicain juste entré dans la trentaine quand son ordre l'envoya aux Antilles. Parti de La Rochelle il débarqua soixante-trois jours plus tard à Saint-Pierre, capitale de la Martinique, le 29 janvier 1694. Il allait passer douze ans dans les îles, d'abord dans la paroisse de Macouba, puis comme responsable de l'habitation — l'exploitation sucrière — des dominicains à Fonds-Saint-Jacques. Il en améliora la gestion et le niveau technique, sans que l'esclavage ne lui pose de problème de conscience. L'habitation faisait semble-t-il travailler entre 120 et 500 esclaves. Il avait aussi une grande passion pour la bonne chère, pour l'architecture civile et militaire, comme pour la découverte de la nature tropicale. Il escalada la Soufrière et y planta un drapeau. Mais il n'avait guère d'aptitude pour la charité, et la compassion ne semble pas l'avoir effleuré. Ecclésiastique mondain et arriviste, il choquait souvent ses confrères et s'imposait sans gêne chez les particuliers, qu'ils fussent planteurs ou indigènes. Ainsi découvre-t-il par hasard en étalant son pique-nique sur une nappe que son hôte avait disposé en dessous le corps embaumé au rocou d'un Caraïbe en attente de l'arrivée du reste de la famille pour les obsèques.

• Aurélie Montel nous montre aussi le père Labat s'activant pour la défense de la Guadeloupe voyage.jpegattaquée par les Anglais lors de la guerre de Succession d'Espagne, ou tirant au canon sur un navire ennemi. On le voit aussi très occupé à suivre des flibustiers dans des opérations de course, participant à des trafics moralement douteux au lieu de se dépêcher pour remettre à des jeunes mariés une dispense venue de Rome ! Il ne s'agit là que de quelques exemples et la lecture est pleine de surprises mémorables.

• En délicatesse avec le gouverneur de la Martinique, il s'embarquera en catimini sur un navire en route pour Marseille. Revenu en Europe en 1706, le père Labat fut bientôt bloqué à Paris chez les dominicains de la rue Saint-Honoré, avec interdiction de remettre les pieds aux Antilles. Ayant rapporté nombre de notes et de documents, il se consacra désormais à l'écriture. En 1722 parurent les six volumes de son "Nouveau voyage aux isles françaises de l'Amérique" dont une version abrégée a été publiée par Michel Le Bris en 1993 chez Phébus dans la collection "Libretto". Le souvenir du dominicain reste vif dans la culture antillaise comme le titre en témoigne, sans oublier le rhum du Père Labat produit à Marie-Galante.

Aurélia Montel  - Le Père Labat viendra te prendre… Maisonneuve et Larose, 1996, 187 pages.

Tag(s) : #ESCLAVAGE & COLONISATION, #ANTILLES - CARAIBES