Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

 

L’Iran occupe une place particulière dans le monde en ce début de siècle. Ses ambitions nucléaires militaires font que les relations avec l’Occident se sont détériorées sous les deux mandats de George W. Bush. Quoique victime d’un embargo américain, l’Iran devrait être considéré, selon l’auteur, comme un élément de stabilité dans sa région. Un vaste tour d’horizon évoque les questions des hydrocarbures, du nucléaire civil et militaire, la crise irakienne, les ambitions russes, chinoises, etc, etc, etc... Tout cela est très… factuel.
 
En conséquence, la place consacrée par l’auteur à l’étude du pouvoir, de la société, de l’économie et de la culture de l’Iran est certes précise mais assez succinte. Présenté comme étant en opposition avec sa jeunesse décidée à obtenir la rupture entre l’Etat et la Mosquée, le régime lui paraît cependant pouvoir évoluer avec Khamenei qui est l’actuel Guide Suprême de la Révolution islamique. Publiée avant la réélection contestée du président Amadinejab, l’étude envisage Ali Lariani comme le futur homme fort du pays et place ses espoirs dans le changement de la diplomatie américaine sous la présidence d’Obama.
Je n’insisterai pas sur l’approche géopolitique qui fait que cet essai pourrait exaspérer le lecteur à la recherche d’informations exclusives sur la société iranienne. C’est plutôt une série d’interprétations originales que je voudrais souligner :
 
=> Sur les relations Iran-Occident : « Le seul peuple musulman qui a soif du way of life de l’Occident. C’est l’Iran. En fait l’Iran représente le cas étonnant d’être le seul pays musulman ayant une population pro-occidentale et un gouvernement anti-occidental. Dans tous les autres pays musulmans c’est l’inverse.»
=> Sur l’islamisme comme moment : « L’Iran est le premier pays entré dans l’islamisme. Le premier a avoir cru trouver une réponse dans l’islam face à la corruption et l’inanité de son gouvernement. L’Iran sera le premier pays à en sortir
 
L’auteur souligne l’aggravation des tensions entre le pouvoir et le monde universitaire depuis l’élection d’Amadinejad en 2005. C’est alors que le régime parle d’épurer l’université de la «-culture occidentale décadente » et de ses professeurs libéraux et laïques. Que pour la première fois un religieux fut nommé à la tête de l’Université de Téhéran. Ou qu’un professeur, disposant par ailleurs de la double nationalité canadienne, fut incarcéré pendant quatre mois pour « monarchisme » — Ramin Jahanbegloo prônait surtout le dialogue avec l’Occident.
 
Les Iraniens aspirent à repousser l’éteignoir et à vivre dans la liberté et à partager la culture étrangère sans devoir émigrer en Californie comme beaucoup l’ont déjà fait. Les galeries d’art contemporain se multiplient à Téhéran. Le succès du cinéma iranien hors des griffes des ayatollahs confirme aux yeux de l’auteur cette modernité à l’œuvre dans ce pays en même temps qu’un intérêt européen pour ses  productions. Exemples : le Festival des Trois Continents (Nantes, 2006) a apprécié « Fireworks Wednesday » [la fête du feu] d’Asghar Farhadi et primé « Quelques kilos de dattes pour un enterrement » de Saman Salour. L’auteur recommande aussi « Hors jeu » de Jafar Panadi, où à l’occasion d’un match de football Iran-Bahrein des jeunes femmes se déguisent en hommes pour assister au match. [Cf. aussi le tout récent film de Bahman Ghobadi, «Les Chats persans».]
 
* * * * * * *
L’idée d’un Iran stabilisateur dans sa région suppose que la diversité ethnique ne soit pas un problème. Certains y ont vu le moyen de faire chuter le régime des mollahs et des « fils de mollahs » qui ont pris les rênes de l’économie à la place des bazaris. Les Perses ne comptent que pour 50 % des 70 millions d’habitants ; les minorités sont légion : Azéris, Kurdes au nord-ouest; Arabes dans le Kouzistan pétrolier à l’ouest, Kachkais et Baloutches plus au sud. L’auteur maintient que tous se considèrent d’abord comme Iraniens — au contraire des Américains qui ont cru y trouver un levier pour renverser la théocratie perse. (Cf. « Ces minorités qui peuvent tout faire basculer », in Courrier international du 7 janvier 2010 reprenant un article du New York Times et carte des minorités ci-dessous).


Carte Iran 1001
 

Conclusion : si on persiste à faire de l’Iran un pays isolé, c’est la Chine qui en profitera... Elle se moque des sanctions que l’Amérique et l’ONU peuvent édicter. On retrouve là le métier de l’auteur qui est de conseiller les grandes entreprises qui contractent avec l’étranger.
 
Ardavan AMIR-ASLANI
Iran, le retour de la Perse
Jean Picollec, 2009, 407 pages.
 
Tag(s) : #IRAN