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Au début, un jeune paysan pauvre du Bihar. À la fin un chef d’entreprise de Bangalore. Comment passe-t-on de l’un à l’autre ? Cela suppose un être exceptionnel : un « tigre blanc », ARAVIND-Tigre-blanc.jpegtelle est l’histoire que nous conte le journaliste Aravind Adiga en utilisant la fiction d’une série de lettres adressées par ce Tigre blanc au Premier ministre chinois en visite en Inde. Ce prétexte narratif permet d’instruire le procès de l’Inde.

 

Munna, le narrateur, a vu son père, un rickshaw-wallah, exploité par sa nombreuse famille dirigée à la baguette par l’aïeule Kusum, mourir de maladie et d’épuisement. Retiré de l’école pour travailler dans un tea-shop au village puis à Dhanbad, la capitale du charbon, Munna apprend à conduire. Pour échapper à cette Inde des Ténèbres, il devient chauffeur n°2, au volant d’une petite Maruti, pour servir un riche homme d’affaires dont la famille possède des terres et des mines. Mukesh avait su balayer les hésitations de son frère Ashok : « Un jeune, tu le gardes à vie. Un chauffeur de quarante ans, tu en profites vingt ans. Ensuite, sa vue baisse. Celui-ci tiendra trente ou trente-cinq ans. Il a des dents saines, des cheveux, et il a l’air en bonne santé. » En référence à sa caste on l’appelle désormais Balram Halwai. Habilement, il réussit à évincer le chauffeur en titre, un musulman qui se cachait en affichant dans la Honda les images des dieux hindous. Il veut oublier l’Inde des Ténèbres d’où il vient et donc sa famille, surtout quand celle-ci se rappelle à lui et réitère la menace d’un mariage arrangé.

 

À en croire ce roman, la grande affaire en Inde semble être la corruption. La principale occupation d’Ashok est en effet de porter des valises de billets à des ministres et à des politiciens, dans le but de favoriser les entreprises du clan familial. Ceci amène Ashok, son épouse américaine Pinky Madam, et le chauffeur Balram, jusqu’à New Delhi, au cœur de l’Inde des Lumières et de la corruption. Là, Balram fait l’apprentissage de la grande ville. Il découvre les nouveaux quartiers des riches à Gurgaon, s’immerge dans les immenses embouteillages, fréquente ses collègues amateurs de polars et de bétel, découvre les galeries marchandes, les grands hôtels, le whisky importé et les prostituées de luxe, blondes et ukrainiennes qui ressemblent à Kim Basinger, ou brunes et népalaises comme celle qui remplace Pinky Madam rentrée aux États-Unis écœurée de l’Inde qu’elle ne comprend pas.  Balram et Ashok croisent même des manifestations naxalistes qui dénoncent avec violence les inégalités sociales. Après diverses péripéties dramatiques qu’on vous laisse découvrir, Balram se retrouvera dans le Sud installé comme patron de PME, à la fois dynamique et cynique, en compagnie d’un sien cousin, qui a eu la chance de quitter le village natal avant que ne s’y produise un terrible assassinat collectif.

 

Il ressort de ce livre une vision très critique du capitalisme indien comme de toute la société du pays puisque les dégâts du progrès sont matériellement et moralement visibles. Tout en évitant de se prendre pour quelque pesant essayiste altermondialiste, l’auteur a su rester fidèle à son choix de romancier et adopter un style léger et tonique  avec un doigt d’humour. Bref voici le nouveau livre de la jungle… indienne, urbaine et capitaliste.

 

Aravind ADIGA

Le Tigre blanc

Traduit de l’anglais par Annick Le Goyat

Buchet-Chastel, 2008, 320 pages.

 

 

Tag(s) : #MONDE INDIEN