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Dans la même veine que "Connaissance de l'enfer" qui parut l'année suivante, "Mémoire d'éléphant" est un récit qui tient autant de l'autobiographie que de l'autofiction. C'est tout Lobo-Antunes---Elephant.pngsimplement une journée dans la vie du psychiatre, le personnage principal, en qui on reconnaît évidemment l'auteur.

• Bien que narré avec ironie et un flot insistant d'images et de métaphores pour une prose naviguant entre baroque et surréalisme, l'emploi du temps du psychiatre donne souvent envie de fuir. Après une matinée passée en consultations à l'hôpital psychiatrique, on le suit au restaurant pour déjeuner avec un collègue, au rendez-vous chez le dentiste, à la sortie du collège pour apercevoir ses filles, puis à la séance d'analyse de groupe. Après dîner, en route vers son appartement vide, il s'arrête au casino juste à point pour devenir le pigeon qu'une pétasse espérait. Outre des propos acides contre l'hôpital psychiatrique qui sont cousins de ceux de "Connaissance de l'enfer", cette structure narrative permet de faire revivre quelques traumatismes angoissants de la guerre d'Angola. Elle permet aussi d'évoquer un milieu familial protecteur et plus encore de remémorer l'amour déchirant du psychiatre pour la femme dont il vit séparé, — sans nous priver de scènes drolatiques d'un bout à l'autre du roman.

• Les relations du psychiatre avec sa mère forment aussi un leitmotiv remarquable du récit. Une mère qui s'intéressait de près à l'avenir de son fils : « Pour être en paix avec sa conscience, (…) elle cherchait à combattre le destin en demandant tous les ans au directeur que l'on place son fils à un pupitre du premier rang, "juste devant le professeur", afin que le [futur !] médecin absorbe de force les effluves de la décomposition des polynômes, la classification des insectes et autres notions d'utilité indiscutable, au lieu des vers qu'il écrivait en cachette sur ses cahiers de classe.» Les années passent mais le fils n'est toujours pas devenu crédible aux yeux de sa génitrice : « Sa mère n'arrivait pas à voir en lui un individu adulte et responsable : tout ce qu'il faisait, elle l'interprétait comme une sorte de jeu, et elle croyait détecter, sous sa relative stabilité professionnelle, le calme trompeur qui préparait les cataclysmes.»

• Une lecture indispensable pour les fans de Lobo Antunes.

 

António LOBO ANTUNES - Mémoire d'éléphant

Traduit par Violante do Canto et Yves Coleman - Christian Bourgois éditeur, 1998 [1979], 206 pages.

 

 

 

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