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Ce premier roman d'Alessandro Piperno nous emmène à Rome, chez les riches, pour une description de la bonne société mi-juive mi-catholique, certains voulant oublier, comme par bienséance, les affres du passé, mais tous préoccupés de paraître, d'exhiber leur raffinement et leur "standing". Daniel, le narrateur, présente d'abord sa famille, les Sonnino, établis à Rome : Bepy le grand-père occupant une place de choix. En seconde partie, le temps d'un voyage en avion, il se remémore les déboires et les déceptions de toute sa vie.Piperno-Pires-intentions.jpeg « Voici l'histoire de ma fin. De ma révolution manquée. De mes démissions de fils à papa. Voici l'histoire du deuxième juif crucifié avec juste raison par une oligarchie de Romains. L'histoire de ma crucifixion, après laquelle je n'allais jamais pouvoir ressusciter. L'histoire de mon expulsion du jardin d'Eden, l'histoire que depuis le début je me proposais de raconter avant de m'égarer dans un labyrinthe de digressions inutiles.»

Entre les obsèques du grand-père Bepy et, bien des années plus tard celles de Nanni Cittadini pour lesquelles il rentre en urgence de New York, les souvenirs de Daniel Sonnino alternent entre confessions et galerie de portraits —qui ne se limitent pas comme on le croit d'abord à la première partie du livre. Le style recherché, à la limite parfois de l'ampoulé diront certains lecteurs, contribue à ce qu'on n'abandonne pas ce livre pourtant excessivement statique. On se demande même comment il se fait que ce roman ait eu un large succès en Italie. Sans doute la critique ironique de l'aristocratie romaine à blasons conjuguée à celle des nouveaux riches y est-elle pour beaucoup. Si le grand-père Sonnino ajoute à la fortune la faillite et la fuite, laissant ses héritiers se débrouiller, il reste que le héros de Piperno qui se prend pour un « petit Gatsby » découvre le luxe à Rome comme à Positano. C'est là que Daniel fait connaissance de Gaia, jaillie de son hors-bord Riva (d'où la photo de couverture de l'édition Liana Levi). Gaia est l'unique petite-fille de Nanni Cittadini, l'ancien associé de Bepy. Daniel lui voue une admiration sans borne et assez sotte, au lieu, comme son ami David Ruben de goûter à des jeux interdits avec l'adolescente délurée. Si on lit jusqu'au bout, on saura pourquoi Gaia et Daniel ne se voient plus depuis des années et que de ce fait il n'est pas sûr qu'on le laisse assister aux obsèques du grand-père Cittadini.

Le narrateur que sa maman chérie se figurait recevoir un jour le Nobel à Stockholm n'est qu'un minable anti-héros, il en a bien conscience quand il rencontre à New York tel ou tel ami d'autrefois qui a fait fortune et gardé la forme. « Je me suis présenté devant lui alourdi d'au moins vingt-sept kilos et allégé de cent mille cheveux par rapport à notre dernière rencontre. Je suis là : les yeux mouillés de celui qui mange, fume et boit continuellement pour combler ses vides existentiels, son impuissance érotique et une certaine colère rampante.» Cette déglingue avait pris racine il y a bien longtemps, avant même que Gaia ait fêté ses dix-huit ans... Voilà pour le vilain petit canard de la famille Sonnino détonnant au milieu d'une société orgueilleuse bâtie sur l'argent et à l'aise dans le luxe, lui qui se plaint d'être juif au milieu des gentils, et gentil au milieu des juifs.

Alessandro Piperno - Avec les pires intentions. Traduit par F. Gonzalez Battle. Liana Levi, 2006, 349 pages.

Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE