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Comme on connaît le cinéaste Amenabar pour son penchant vers l'horreur et le fantastique, on aurait pu être perplexe à l'annonce de ce film sur une femme savante de l'Antiquité et ce titre "Agora" qui évoque pouvoir et peplum. Au lieu de quoi, nous avons affaire à un film convaincant, sur un scénario qui respecte le sujet.

En 415, à Alexandrie, Hypatie a été sauvagement assassinée. Pourquoi ? Pour comprendre ce crime
Agoraperpétré sur une célébrité le réalisateur explore les éléments explicatifs tout en faisant le portrait de la victime. D'où un scénario en deux temps. D'abord Hypatie jeune ; elle enseigne la philosophie et les sciences à de jeunes privilégiés dans l'Alexandrie de la fin du IV° siècle tandis que les partisans du paganisme et du christianisme en viennent aux mains sur l'agora d'Alexandrie. La confrontation tourne au drame quand une foule de chrétiens fanatiques saccage le temple de Sérapis et la Bibliothèque. Des lettrés païens tels que son père Theon et le rhéteur Olympios figurent parmi les défenseurs de ces lieux de culte et de culture. Theon meurt de ses blessures. Mais le triomphe des chrétiens n'est pas total : une femme refuse de se convertir : Hypatie, qui a participé au sauvetage d'une partie des volumes de la bibliothèque.

Nous la retrouvons environ quinze ans plus tard, à la veille de son assassinat. Esprit laïque elle prône la tolérance entre les cultes pour endiguer la montée du fanatisme religieux. En même temps, elle est sur la voie d'un système astronomique pour remplacer celui de Ptolémée : héliocentrisme plus rotation de la Terre en ellipse autour du Soleil. Parallèlement, et tout en refusant de se convertir, elle est devenue l'amie et la conseillère d'Oreste, le préfet chrétien qui gouverne Alexandrie et l'Egypte au nom de l'empereur de Constantinople. Hypatie et Oreste ont de bonnes relations avec une partie du clergé représentée par l'évêque Synozios, ancien élève de la philosophe et auteur d'une correspondance avec les lettrés de son temps. En face de ces gens "raisonnables" se dresse l'archevêque Cyrille, qui fait maintenant régner la terreur contre les Juifs. Pour parachever sa mainmise sur la ville, il fait assassiner Hypatie après l'avoir accusée de sorcellerie. Arrêtée par des moines, elle est lapidée dans une église puis brûlée comme sorcière.

Le réalisateur peut se prévaloir d'une intéressante distribution des rôles. Et particulièrement avec Rachel Weisz qui incarne Hypatie avec justesse, surtout si on prend comme hypothèse qu'elle est "jeune et jolie" mais aussi une femme sûre d'elle-même, tandis que Michael Lonsdale joue très bien le père philosophe et l'homme d'une culture du passé. C'est seulement sur quelques points de nature chronologique que le scénario diffère de l'essai de Maria Dzielska, auteure de la dernière étude historique sur Hypatie, et qui insiste sur la dimension politique du crime. En fait on n'est pas absolument certain des dates de la biographie de Theon, d'Hypatie ou encore de Synezios de Cyrène. Les choix du scénariste permettent de donner une plus grande cohérence au film. Mais le réalisateur espagnol insiste bien sur la lutte pour le pouvoir comme l'élément moteur plutôt que sur les seuls aspects religieux et culturels. Il a pris soin d'éviter la caricature qui placerait tous les chrétiens dans le camp du fanatisme. Voilà donc un très bon film historique, qui intègre intelligemment à une biographie des moments clés du déclin du paganisme, de la montée du christianisme, et de l'histoire des sciences. Voilà aussi un film militant qui met en garde contre le fanatisme… C'est pourquoi le film est intitulé Agora et non Hypatie.

" A G O R A "
cinéma espagnol
film d'Alejandro AMENABAR
2009, 2h 10.



Au programme du 20è festival du cinéma espagnol,
Nantes mars 2010



 

 

Tag(s) : #AU CINEMA, #ANTIQUITE