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Les guerres font des millions de victimes et… créent des personnages de roman. Que serait la Cercas-vitesse_lumiere-.jpeglittérature sans les deux guerres mondiales ? Les conflits plus récents aussi ont suscité d'intéressantes situations et de riches personnages de fiction, tel ce Rodney, un vétéran du Vietnam. Le narrateur — qu'on pourrait appeler Javier — se présente comme un écrivain débutant lorsqu'il rencontre Rodney à l'université d'Urbana, en Illinois. Ce qu'il a vécu au Vietnam empêche Rodney de retrouver une vie "normale" au point que son comportement intrigue le narrateur. Entre les deux hommes naît une amitié inachevée quand Rodney disparaît subitement d'Urbana. "Rodney reviendra, dit son père. Je ne sais pas quand, mais il reviendra".

Dix-sept ans plus tard, c'est l'écrivain à succès qui revient à Urbana à l'occasion d'une tournée de conférences universitaires. Il n'y retrouve pas Rodney mais se résoud finalement à écrire son histoire tragique qu'éclaire incomplètement la liasse de ses correspondances. Entre ces deux pôles temporels, la vie personnelle du narrateur va se développer de telle manière qu'une sorte de symétrie se crée entre leurs vies : l'un et l'autre se retrouvent devoir supporter un lourd sentiment de culpabilité pour des raisons certes différentes mais néanmoins tragiques.

La structure narrative est parfaitement construite ; une fois que le lecteur a franchi certains passages convenus de la première partie qui campe le décor, il se trouve aspiré dans le récit jusqu'à la fin. Avec au moins autant de plaisir que la lecture des "Soldats de Salamine" en procure. La réussite d'une bonne partie de la fiction contemporaine se trouve décidément reposer sur la recherche de la véritable identité d'un personnage, en impliquant le narrateur dans l'action et en empruntant la dynamique du polar.

 
Javier CERCAS : À la vitesse de la lumière
Traduit de l'espagnol par Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic
Actes Sud, 2006, 285 pages.

 
Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE