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• Par où, par qui commencer pour y voir un peu clair ?
Juan Luis Vivès, est un converso, un marrane,  originaire de Valence (comme l'auteur). Il a dû fuir sa patrie et il est devenu le disciple d'Érasme à Louvain. Il travaille à un Traité de l'Âme et des aventures imprévisibles vont l'amener à enrichir son expérience sur ce sujet. La rencontre de Bernardo, un sinistre Dominicain qui a jadis torturé pour l'Inquisition espagnole, pousse l'humaniste sur la voie d'un passé qu'il a effacé de sa mémoire. Nommé précepteur de Guillaume de Croÿ, dont le père est proche du jeune Charles de Habsbourg, il se retrouve sur la nef royale en partance de Flessingue pour Santander, car le nouveau roi d'Espagne va à la rencontre de ses sujets ibériques.
  Céleste, une jolie sorcière de père et mère inconnus au début du récit, est envoyée juste après son initiation à la recherche d'un nommé Bosch. Il n'est autre que le peintre des monstres et des fous, qui vient de réaliser une œuvre prodigieuse commandée par feu Philippe le Beau. Or, le peintre est assassiné sous les yeux de Céleste qui vient à peine de s'entretenir avec lui. Elle tremble désormais pour sa vie et va tout faire pour rejoindre l'Espagne où les inquisiteurs ne sont pas ennemis des sorcières. Elle trouve une place sur la nef qui emporte les putains et les chevaux du roi. Quand la nef brûle et coule, c'est bien sûr Luis Vives qui la sauve de la noyade.
 
Gravure d'Hans Baldung Grien, c.1510
Bernardo est un inquisiteur au passé déjà très chargé et qui ne croit plus en Dieu mais continue par conscience professionnelle à servir l'Église et la Papauté. Il a découvert que Jacobus Sprenger, le co-auteur du "Malleus Maleficarum", était un agent du monde gouverné par Satan. C'est assez dire que l'Église est menacée de voir réapparaître un empereur hostile, réincarnation de Frédéric Barberousse — ou de son petit fils Frédéric II en qui Joachim de Fiore prophétisait l'Antéchrist au XIIIè siècle. On résumerait la résurrection triomphale en Messie-Imperator du souverain germanique :  A, E, I, O, U — Alles Erdreich Ist Oesterreich Untertan — Austria Erit In Orbe Ultima : comme vous préférez. La mission de Bernardo est de faire échouer tout cela, quitte à aider la sorcière au grand coeur. Quitte à tuer aussi…
Et puis : zut, comme disait ma grand-mère, c'est trop compliqué à vous raconter. Sachez qu'il y a force diableries, besace emplie de fioles, bijoux et statuettes magiques, pentagrammes dessinés au fond des grottes, que Vauldre le chef des chevaliers de la Toison d'Or n'est qu'un alchimiste qui emmène son athanor en Espagne, que les lansquenets au béret rouge sont des guerriers superarmés et qu'en face d'eux les Basques vaillants que rien n'arrête préfigurent les abertzale et iparretarak, que parmi eux Ignace de Loyola fit précocement preuve de bravoure, et surtout que Charles a disparu ! Oh, on trouvera bien quelqu'un pour le sauver de l'inframonde et des maléfices des agents de l'Antéchrist et suppôts de Satan. Quand même !
Vu les premières et dernières pages, le roman aurait pu s'intituler l'arrache-cœur  (et si vous le lisez vous saurez pourquoi)! Mais c'était déjà pris, me semble-t-il…
• Juan Miguel AGUILERA - Le Sommeil de la Raison
Traduit de l'espagnol par Antoine Martin. Au Diable Vauvert, 2006, 520 pages
Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE