Vassili AXIONOV est un romancier étonnant. Jugez-en.
“A la Voltaire” est qualifié de “roman à l’ancienne”. Si l’on cherche un sens à cette formule, c’est à la fois une tentative de retrouver un style évocateur du siècle des Lumières et une narrativité qui renouvelle le picaresque. Le sommaire qui figure à la fin du livre est éclairant sur ce dernier point tandis qu’en le parcourant on s’aperçoit d’une autre originalité : nulle part la table des matières n’évoque la rencontre imaginée par le romancier en Voltaire et la tsarine, Catherine II de Russie ! C’est pourtant l’événement –imaginaire– central du roman.
TABLE
1 - Où une toile devient un roman, des rivages déserts un Mardi gras à Paris, un portrait de Voltaire un personnage vivant, un scandale théâtral un triomphe, le trident de Neptune les bras de Morphée.
2 - Où le général Afsiomski reçoit le philosophe d’Alembert et où les propriétés bénéfiques de l’huile de noix sont mises en évidence.
3 - Où, avec quelque retard, un personnage, le baron von Figuine, monte à bord de l’«Intouchable», vaisseau de cent canons, tandis que nos jeunes héros, Michel, Nicolas, Claudia et Fiokla, ainsi que quelques diablotins se délectent de la société de Voltaire en son domaine de Ferney.
4 - Qui offre à Voltaire la possibilité de lire des extraits de son «Traité sur la tolérance», au chevalier de Terrano de tomber dans le péché et à des officiers supérieurs de débattre du cas du “Double Nez”.
5 - Qui commence dans les allées idylliques du parc où l’émissaire von Figuine et le grand Voltaire examinent les singularités du siècle des femmes, qui trébuche dans le couloir du château où deux dames-chevalières ne parviennent pas à se croiser en raison du volume de leurs paniers, et qui s’achève par une abominable piraterie qui permet à nos jeunes gens de faire preuve de qualités héroïques passant quelque peu l’ordinaire.
6 - Qui blesse profondément l’âme des petites altesses jumelles, chasse les démons de la cheminée, et amène aussi à réfléchir aux qualités androgynes des gradés de la Garde impériale dans la société du beau vieillard Voltaire.
7 - Qui nous fait découvrir de façon inattendue certains secrets du royaume de Prusse ainsi que la vaine passion du roi Frédéric le Grand pour la mastication des macarons.
8 - Où Voltaire expose au baron von Figuine et au général Afsiomski son point de vue sur les domaines ancestraux de Russie tout comme sur les esclaves noirs d’Amérique, cependant qu’au-dessus de la gothique mer Baltique passent des pigeons de l’ancienne race des sarymhadours, de même que tonne le bruit d’une bataille pas tout à fait réelle, où, parmi d’autres partis, est impliquée l’armée du Zweig-Anstalt et Brégovine, sous la conduite de l’électeur Magnus V.
9 - Qui se transforme peu à peu en un “drame d’idées du XVIIIè siècle” au cours duquel Voltaire se rappelle à quel point il avait été, avec Emilie du Châtelet, au bord de la découverte des propriétés du “phlogiston”, cependant que ce méchant chimiste de Vidal Quarantsé se livre à la chasse aux grenouilles et aux souris, et que les singularités de la tête de Micha Zemskov continuent à étonner la Compagnie.
10- Qui tombe l’avant-dernière nuit de juillet 1764, où prend fin la Compagnie de la Baltique. On entend des violes et des clarinettes. Tout s’est embrouillé au château et dans le parc, et l’on a plaisir à répéter : Russie, Occident, Infini, révélations nocturnes et changement matinal du paysage.
11- Et dernier, marqué par l’apparition d’un personnage excessivement tardif. Les tours d’illusion de l’utopie font place à des crimes historiques.
Epilogue. En tant que tel, n’a nul besoin d'un chapeau engageant.
1 - Où une toile devient un roman, des rivages déserts un Mardi gras à Paris, un portrait de Voltaire un personnage vivant, un scandale théâtral un triomphe, le trident de Neptune les bras de Morphée.
2 - Où le général Afsiomski reçoit le philosophe d’Alembert et où les propriétés bénéfiques de l’huile de noix sont mises en évidence.
3 - Où, avec quelque retard, un personnage, le baron von Figuine, monte à bord de l’«Intouchable», vaisseau de cent canons, tandis que nos jeunes héros, Michel, Nicolas, Claudia et Fiokla, ainsi que quelques diablotins se délectent de la société de Voltaire en son domaine de Ferney.
4 - Qui offre à Voltaire la possibilité de lire des extraits de son «Traité sur la tolérance», au chevalier de Terrano de tomber dans le péché et à des officiers supérieurs de débattre du cas du “Double Nez”.
5 - Qui commence dans les allées idylliques du parc où l’émissaire von Figuine et le grand Voltaire examinent les singularités du siècle des femmes, qui trébuche dans le couloir du château où deux dames-chevalières ne parviennent pas à se croiser en raison du volume de leurs paniers, et qui s’achève par une abominable piraterie qui permet à nos jeunes gens de faire preuve de qualités héroïques passant quelque peu l’ordinaire.
6 - Qui blesse profondément l’âme des petites altesses jumelles, chasse les démons de la cheminée, et amène aussi à réfléchir aux qualités androgynes des gradés de la Garde impériale dans la société du beau vieillard Voltaire.
7 - Qui nous fait découvrir de façon inattendue certains secrets du royaume de Prusse ainsi que la vaine passion du roi Frédéric le Grand pour la mastication des macarons.
8 - Où Voltaire expose au baron von Figuine et au général Afsiomski son point de vue sur les domaines ancestraux de Russie tout comme sur les esclaves noirs d’Amérique, cependant qu’au-dessus de la gothique mer Baltique passent des pigeons de l’ancienne race des sarymhadours, de même que tonne le bruit d’une bataille pas tout à fait réelle, où, parmi d’autres partis, est impliquée l’armée du Zweig-Anstalt et Brégovine, sous la conduite de l’électeur Magnus V.
9 - Qui se transforme peu à peu en un “drame d’idées du XVIIIè siècle” au cours duquel Voltaire se rappelle à quel point il avait été, avec Emilie du Châtelet, au bord de la découverte des propriétés du “phlogiston”, cependant que ce méchant chimiste de Vidal Quarantsé se livre à la chasse aux grenouilles et aux souris, et que les singularités de la tête de Micha Zemskov continuent à étonner la Compagnie.
10- Qui tombe l’avant-dernière nuit de juillet 1764, où prend fin la Compagnie de la Baltique. On entend des violes et des clarinettes. Tout s’est embrouillé au château et dans le parc, et l’on a plaisir à répéter : Russie, Occident, Infini, révélations nocturnes et changement matinal du paysage.
11- Et dernier, marqué par l’apparition d’un personnage excessivement tardif. Les tours d’illusion de l’utopie font place à des crimes historiques.
Epilogue. En tant que tel, n’a nul besoin d'un chapeau engageant.
Chacun sait que la jeune, libérale et séduisante tsarine n’a pas rencontré le vieux Voltaire ! Ils se sont contentés d'entretenir une correspondance. Aussi Axionov a-t-il mis au point une rencontre secrète entre Voltaire et un mystérieux visiteur venu de Saint Petersbourg. Et telle l’Union soviétique qui, selon Churchill, était une énigme enveloppée d’un mystère, l’intrigue centrale de ce roman est enchâssée dans un écrin de digressions, d’histoires dans l’histoire, et de diableries... Ce tsunami de frivolités narratives risque de noyer le lecteur désormais averti des risques encourus et des bonheurs qui l’attendent dès qu’il tourne la première page de ce roman couronné dans la Russie de 2004.
Vassili AXIONOV
À la Voltaire
Traduit du russe par Lily Denis
Actes Sud, 2005, 391 pages.
À la Voltaire
Traduit du russe par Lily Denis
Actes Sud, 2005, 391 pages.
par Rousseau
publié dans :
LITTERATURE RUSSE et d'EUROPE DE L'EST