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Naguère encore, les Français avaient deux chouchous, l'abbé Pierre et le commandant Cousteau. Ils ignoraient généralement que le gentil abbé frayait avec un négationniste et que l'homme au bonnet rouge rêvait d'une planète réduite à 500 millions d'habitants au grand maximum... Comme les "Nouveaux Prédateurs" du roman de Jean-Christophe RUFIN.

L'auteur de "Rouge Brésil" que le Goncourt a jadis couronné, réussit à nous ramener au Brésil à la fin de ce thriller qui se passe essentiellement aux États-Unis et en Europe. Paul Matisse et Kerry, jeunes anciens de la CIA, sont entrés au service d'une agence privée dont le siège est situé à… Providence. Le récit s'ouvre sur la destruction du laboratoire de recherche que dirige à Wroclaw un dénommé Rogulski, ancien élève du professeur Fritsch en 1967. Lors de l'action, Juliette, une jeune femme venue de France, et manipulée par un dénommé Jonathan, a libéré des animaux, tagué des slogans, cassé du matériel coûteux et subtilisé un mystérieux flacon rouge. Juliette et Jonathan s'étaient connus dans une manifestation anti-nucléaire, mais ils avaient aussi séjourné aux États-Unis et Jonathan avait côtoyé certaines mouvances écologistes.
Le monde du renseignement s'anime alors sur les deux rives de l'Atlantique. Mobilisé par l'organisation de Providence, Matisse qui est aussi médecin, a l'intuition du danger qui se précise, une fois qu'il a inspecté les îles du Cap-Vert où une épidémie de choléra lui avait été signalée comme bizarre par un spécialiste de l'Institut Pasteur. Peu à peu on discerne l'existence d'un groupe extrémiste, les Nouveaux Prédateurs, constitué de dissidents d'une ONG moins radicale, One Earth. Animateur de ces éco-terroristes, Ted Harrow, s'apprête à faire périr des millions de pauvres au moyen du bacille du choléra. Juliette, qui a rejoint Ted au Colorado, aura pour mission (ce qu'elle découvre sur le tard) de répandre le redoutable bacille dans une favela proche de Rio de Janeiro. Un odieux attentat pourra-t-il être évité ? Les dernières pages seront décisives. McLeod, le financier occulte des Nouveaux Prédateurs, a augmenté le suspense en recevant Paul Matisse. Et ce n'est pas de peinture qu'ils ont discuté.

Le lecteur crédule aura longtemps tendance à croire que Paul et Kerry auront toujours un métro de retard et qu'ils n'empêcheront pas les criminels de commettre l'irréparable. Paul se fait kidnapper en s'introduisant dans les locaux d'une ONG à New York, tandis que Kerry se fait coincer à Innsbrück puis tenir en joue par la gouvernante musclée qui veille sur un vieux professeur nimbus, avant d'être la cible des policiers cariocas. Mais c'est la loi du genre. Bien que l'auteur s'y adonne pour la première fois, il surfe sur les impératifs du thriller quitte à appauvrir son style (mais un thriller ce n'est pas destiné à la célèbre "collection blanche"). Néanmoins, le désert du Colorado que Juliette découvre à l'invitation de Ted Harrow et la favela de Baixada Fluminense où l'action terroriste est projetée, nous donnent des scènes fortes, dignes de la renommée de Jean-Christophe Rufin.

Le Parfum d'Adam est aussi un roman engagé comme un essai aurait pu l'être. L'auteur a préféré alerter le grand public français par un thriller, l'informer ainsi de l'existence d'une écologie radicale, anti-humaniste, à cent lieues des gentils défenseurs des animaux ou des conseillers municipaux partisans de l'écologie urbaine. Cette "deep ecology", fondée sur des théories répandues depuis l'Angleterre et l'Amérique du nord, a pour objectif de tirer un trait sur l'existence de la plus grande partie de l'humanité, la plus pauvre et à ses yeux la plus polluante. L'auteur a placé en annexe un exposé portant sur cette tendance radicale de l'écologie.

 

Jean-Christophe RUFIN : Le Parfum d'Adam
Flammarion, 2007, 538 pages.



 
Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE