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Mirsad, que devient Mirsad ? Comme il ne se confesse pas par téléphone, la narratrice doit de rendre là-bas, à Sarajevo, pour s'en informer :

« Il m'était interdit de dormir : si je dormais, l'avion tomberait.
C'était sûr. Une providence totalement inconnue et tue me l'ordonnait :
"Que tous tes sens soient en éveil ! Tous tes sens !"
Je n'avais pas le choix ; de mes mains et de mon attention-concentration, je maintenais l'avion en l'air.»


La narratrice, reflet complexe d'Ornela Vorpsi, est une Albanaise exilée en France via l'Italie : douze années passées entre Paris et Milan. Italie dont elle parle la langue depuis l'enfance à Tirana car apprendre le russe y était une horreur. Mais qu'est-ce qu'être Albanais et balkanique ? La recherche d'un ami et d'une identité imprécise fait courir la narratrice, prendre l'avion, errer en taxi dans Sarajevo, y retrouver des amis Bosniaques et des Serbes. «Je suis l'Occidentale qui descend dans les Balkans ! L'Occidentale qui les comprend !» (Chose quasiment impossible…)  Cas extrême du monde balkanique, l'Albanie souffre d'un complexe : le pays des Aigles, le pays le plus important du monde, qu'a-t-il apporté à l'humanité ? Rien. Et si le Dr Aristidhi, un improbable chercheur albanais, trouvait un vaccin contre le sida à base de lait d'ânesse bouilli ? « C'est indubitable, l'Albanie est le centre du monde, mais hélas seuls les Albanais le savent pour le moment.» L'Albanie, le pays où le chewing-gum était une abomination capitaliste, le pays où l'on évoquait la beauté intérieure de la tractoriste.La narratrice a quitté Paris pour revoir son ami Mirsad à Sarajevo. De Mirsad nous ne saurons pas grand chose : quand, aux deux tiers du récit, la narratrice le rencontre finalement à l'occasion d'un dîner, celui-ci bientôt disparaît —départ précipité car les artistes ont besoin de silence et de solitude— sans se préoccuper de ses dobermans. Mirsad n'est bien sûr qu'un prétexte et l'essentiel est la nostalgie. « L'odeur des Balkans réveille le passé qui tourmente.» Les odeurs, donc, et les couleurs d'Albanie et de Bosnie. Les boissons et la cuisine d'Albanie : le raki et le byrek. La mère et la grand-mère, adorées. Le père qui rêvait de Californie, emprisonné. Les anecdotes qui reviennent par bouffées seulement quand est franchie la limite Occident toujours capitaliste/Orient désormais post-communiste. Une fois qu'on a posé le pied dans le passé et que ce voyage vous a piqué et injecté son venin. Le roman, fait du récit du voyage et des anecdotes dispersées dans le temps et l'espace vécus, est servi par une écriture impressionniste, élégante par sa simplicité apparente.

Ornela VORPSI : Vert venin
Traduit de l'italien par Nathalie Bauer. Actes Sud, 2007, 116 p.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE