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 Toulouse est encore le centre du monde dans ce roman de Jean-Paul Dubois et l'on y retrouve tous les thèmes chers à l'auteur, diaboliquement réunis ici autour de l'histoire jubilatoire de la restauration chaotique d'une vieille et grande bâtisse dont le narrateur vient d'hériter alors que l'été accapare tous les bons professionnels.
 
Bricolage dominant et en version hard.
Tous les corps de métier sont convoqués successivement et dans l'urgence pour aider le narrateur à rénover la vaste demeure. Comme par l'effet d'une aimantation occulte, tous les demeurés de la couverture et du zingage, les fadas du placoplâtre®, les délirants de la plomberie, les enfoirés du pinceau, les goujats du ciment, les superstitieux de l'électricité, etc, tous ils viennent chez monsieur Tanner déshonorer leur profession, à supposer qu'ils aient fréquenté une formation à ces métiers. Où l'on note un large appel à l'immigration non qualifiée. Quand le bâtiment va, tout va. Ce n'est pas le cas ici ! Monsieur Tanner va de plus en plus mal jusqu'à ce que monsieur Coty, « comme le Président », vienne l'émouvoir par ses malheurs conjugaux. Mais tous produisent leur catastrophe, inondation, court-circuit ou mal-façon, plus sûrement que leur facture. Que leur tenue soit pouilleuse ou celle « d'un mannequin de Boss ou Armani ». Que leur langage soit riche et châtié ou réduit à des borborygmes.
 
Roman pour homme
Comme il y a des livres pour la jeunesse, des bédés pour bébés, des romans d'amour et à l'eau de rose pour les concierges et les amoureuses déçues, ou des thrillers pour prisonniers en mal d'évasion, il y a donc le "roman pour homme" à la Dubois avec outils de bricolage, avec différents modèles de voitures : Mercédès antique ou dernier cri, fourgonnette VW ou de marque indéterminée, BX acrobatique, et même pick-up Chevrolet inspiré par Las Vegas. Comme dans "Une vie française" il y a une Volvo : un break anthracite «modèle qui fut longtemps le véhicule favori des antiquaires hétéros et des dentistes chineurs [seule mention de cette profession particulièrement chérie par JP Dubois», en revanche, il y a des assureurs!].
JP Dubois nous dispense aussi d'acquérir un dictionnaire des termes techniques des métiers du bâtiment : larges faîtières, tuyau de descente, acier galvanisé, chevrons de 8, pannes de 12/25, plaques de BA13 et tous les outils plus ou moins dangereux qu'on trouve chez Castorama®. Plus rares : missel, gousse d'ail et crucifix — mais Zeitsev et Fiedorov sont des électriciens bien plus inventifs dans leur spécialité que des plombiers polonais. Accessoirement, packs de bières et calendriers Pirelli.
 
Le style Dubois est là et bien là !
« Soudain Sandre et Kanter m'apparurent pour ce qu'ils étaient : des barbares, des cavaliers annonciateurs de petites apocalypses, faisant cuire des tranches de foie frais sous leurs selles, nourrissant leur meute avec les abats de leurs clients, écumant les chantiers les uns après les autres, pratiquant la politique de la terre brûlée, pillards de la tuile, braillards de charpentes, soudards dézingués, termites du patrimoine. Cette paire-là était bien plus dévastatrice que tous les parasites de la création. Elle s'attaquait non seulement au bois, mais aussi aux métaux, aux murs, jusqu'aux fondations qu'elle parvenait à miner d'une manière ou d'une autre. Sandre et Kantor. Deux Huns. On devrait afficher leurs photos sur tous les chantiers, à l'entrée de tous les magasins de bricolage et de location d'outils, chez les marchands de matériaux, les organismes de prêt, les promoteurs, les banques les vétérinaires, les commissariats de police et les gendarmerie.…» (p. 63).
Personnellement, j'apprécie cette écriture pleine de verve, vivant remède à toute mélancolie, réjouissante même pour l'optimiste, et cette position du narrateur, tantôt joyeux drille tantôt ronchon. Certes ce n'est ni Proust ni Chateaubriand, mais on peut lire Dubois même après un bon repas sans que le livre tombe des mains, sans que les paupières se closent. On ne peut pas dire ça de tous les auteurs recommandés par Le Monde des Livres. Hélas, dans "Hommes entre eux" (L'Olivier, 2007), ce plaisir d'écriture et de lecture s'est –en partie– évanoui.
 
• Jean-Paul Dubois : Vous plaisantez, monsieur Tanner. Éditions de l'Olivier, 2006, 198 pages.
Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE