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Le récit est structuré en trois parties : 1) un groupe de malfrats se prépare à un piller un casino; 2) le hold-up foire et le narrateur se retrouve en taule; 3) à sa libération il a des envies de vengeance et les réalise. Comme dans un film noir. D'ailleurs le lecteur doit se remémorer des scènes de polars (livres ou films), chacun selon son expérience. L'auteur joue avec le code narratif du polar ; il y a ainsi plusieurs "morceaux de bravoure" à déguster. La sortie de prison. Les retrouvailles. La planque pour se déguiser et prendre l'artillerie. Et jusqu'à la course poursuite finale.

Les personnages ? Le narrateur évoque toute la bande, il y a l'oncle qui va mourir, mais qui n'est pas vraiment l'oncle, âgé, quatre-vingt dix ans passés, ou le saura plus loin; et donc aussi la tante. L'oncle était patron du bar Lord Jim. Là ils se retrouvaient, devant un cognac, puis deux ou trois — j'aime beaucoup ce goût pour le cognac— marre du whisky ; de vrais truands de chez nous ; ils se retrouvaient donc, Marin, si fier de sa Mercedes, Jeanne à qui les robes longues vont si bien, le narrateur, et puis Andrei, oui, toute la bande, élargie à Luciano peu avant de passer l'action. Pas heureux ce choix qui vient de Marin.

Tanguy Viel est déjà réputé pour son écriture. Une fois qu'on s'est calmé après avoir toussé, relu, renâclé ici devant une surabondance de qui et de que, là devant une syntaxe un peu tordue – on est quand même aux éditions de Minuit – on prend enfin plaisir à cette plume précise, sensible aux tropismes du cerveau du narrateur, lui qui n'est pas le cerveau du hold-up, c'est Marin, mais qui s'adresse à Marin tout en contant leur aventure de son seul point de vue.

 
Extrait (pages 29-30)
Si vous y parvenez, a repris l'oncle, si vous y parvenez, ce sera l'absolue perfection du crime. Et il avait détaché chaque mot, comme ceci : l'absolue... perfection...du...crime.

On n'a pas dit un mot. Andrei et moi, muets devant l'exposé, faisant mine d'enregistrer chaque information (quand quelques syllabes seulement épongeaient nos cerveaux : ca-si-no, net-toy-age, sur-vie, fa-mille), nos bras croisés qui supportaient nos vestes, et ne toussant que pour évacuer la gêne ou quelque chose y ressemblant, la peur, quelque chose qui nous séparait maintenant, un grain dans la tête, ai-je pensé pour lui, pour Marin, lui qui avait ruminé l'affaire tout seul, pas dit un mot jamais devant nous, avait dû persuader l'oncle, lentement, doucement, s'asseoir à ses côtés, lui prendre la main, et lui promettre, lui garantir qu'on lui survivrait, que la famille lui survivrait, et nous disant plus tard encore : on fera durer son nom plus longtemps que nos vies. Alors, tu as réussi, Marin, je te jure que tu as réussi.

 
• Avec ses 174 pages, "L'absolue perfection du crime" est l'œuvre absolument parfaite de Tanguy Viel, son troisième roman, publié en 2001 et ressorti en poche (Éditions de Minuit, "double" en 2006).





 
Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE