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Peter Mayle a beaucoup à nous dire sur la France, la gastronomie et la Provence ! Par où commencer ? Mettons de côté "Une Année en Provence", "Les aventures dans la France gourmande" et "Hôtel Pastis" et ne considérons aujourd'hui que deux ouvrages :

• Dans son roman "La femme aux melons" (Folio n°741, paru en 2000), attention, il ne s'agit pas du MIN de Chateaurenard, ni d'une agricultrice de Cavaillon : c'est l'aventure d'un tableau de Paul Cézanne acheté par un certain Denoyer, heureux propriétaire d'une villa au Cap Ferrat.

Pour faire court, voilà l'histoire. Denoyer a pris contact avec un marchand d'art en cheville avec une faussaire hollandais remarquable, Frantzen, pour faire copier sa femme aux melons, de manière à : 1° se faire plusieurs millions de dollars pour compenser une spéculation malheureuse, 2° garder le tableau (ou la reproduction fidèle). Le marchand d'art, Rudolph Holtz, est installé à New-York et son trafic habituel est fondé sur la connaissance des demeures des riches collectionneurs permise par les multiples reportages photographiques d'une revue spécialisée, RD, que dirige sa compagne, Camilla Porter. Aussi est-ce par le personnage de Camilla et du photographe français, André Kelly, que la narration commence. Le photographe soupçonne un trafic sur ce tableau et, entraînant dans l'aventure un rival de Holtz, part à la recherche du faussaire et de la vraie "Femme aux melons".

Mais est-ce là l'essentiel ? Outre le monde des galeristes, Peter Mayle nous fait visiter celui des magazines d'art. "RD" est dirigée de manière survoltée par Camilla (comme la Miranda Priestly du "Diable s'habille en Prada"). Surtout, l'auteur nous emmène à table, chez des particuliers, ou au restaurant . À Cooper City aux Bahamas dans la deuxième villa des Denoyer. À New York, il y a Chez Félix ainsi que le Club des anciens de Harvard. À Paris : chez Lucas-Carton où officie le chef Alain Sendrens et où les connaisseurs découvrent le canard Apicius. À Roanne, chez Troisgros, c'est le faussaire Franzen qui se régale. Près de Vence, le saucisson d'âne chez la princesse russe exilée. À Nice: cuisine à l'ail et raviolis de homards. Chez Lord Haddock, au triste manoir de Throttle dans la pluvieuse Albion, il y a encore du latour 69 pour accompagner une volaille redoutable.

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• Avec « Un bon cru » le vin est au centre de l'histoire. Héritier d'un vignoble médiocrement géré par Oncle Henry, Max Skinner quitte la City et s'installe dans son vignoble au nord du Lubéron. Avant d'y trouver une compagne et de relancer la production du vignoble, il découvre les mœurs locales, où la cuisine tient une bonne place. Le roman rapproche des personnages très variés, qu'on en juge : outre Max que la City a poussé à la démission, il y a son ex-beau-frère Charlie agent immobilier à Londres, la belle et brune Fanny qui tient le restaurant sur la place du village du Vaucluse, Christie qui est une blonde californienne ancienne salariée de la Napa Valley et qui découvre le pastis, Me Nathalie Auzet la notaire rousse, Claude Roussel le métayer rusé et bon vivant, Jean-Marie Fitzgerald le négociant des Chartrons, et Mme Passepartout en employée de maison efficace à la vocation de marieuse, etc.

Le lecteur s'empare facilement de quelques indices qui permettent de deviner le pot -aux-roses. Avec l'aide de l'expérience viticole de Christie, et les révélations intéressées du métayer, Max découvre une escroquerie pinardière qui transforme une partie secrète de son vignoble en source de Bordeaux imaginaire mais très haut-de-gamme exporté à prix d'or.  Peter Mayle se moque ainsi de la vogue des "vins de garage" et préfère vanter les grands vins et la tradition. Au léoville-barton savouré à Londres par Max et Charlie au cours d'un dîner transformé en authentique cours de dégustation du vin, fait écho le château Yquem que les "méchants", bientôt dévoilés, dégustent avant de déguerpir.

Il y aura une happy end : la piquette invendable du domaine et le faux bordeaux hors de paix ont fusionné en un digne vin de pays, dénommé le Griffon, à 30 € la bouteille (quand même) et l'auteur anglo-provençal, faisant preuve de générosité à l'égard d'autres provinces, décrit les agapes finales de ses héros autour d'un "vrai cassoulet" servi par Fanny : « Haricots blancs, confit de canard, saucisse à l'ail, porc salé, poitrine et épaule d'agneau, saucisses de Toulouse (naturellement), tomates, vin blanc, ail et herbes…» C'est ainsi que Max Skinner se transforme avec succès en vigneron provençal comme un autre citoyen de sa gracieuse majesté, sensible à la douceur de vivre, avec fondé et fait prospérer l'"Hôtel Pastis".

Le réchauffement climatique

La pluie londonienne même en plein été, le froid de l'hiver new-yorkais, ces lieux communs des deux métropoles, des deux villes-monde, sont combattus par le soleil du Midi. Il n'y a pas que le soleil qui y réchauffe et Peter Mayle n'est pas le premier auteur à s'y établir.
Bien d'autres l'ont suivi ou précédé. Lawrence Durrell, Robin Cook, Paul Auster, entre autres. Et Jim Harrison aurait déclaré : "Quelle meilleure idée que de lutter contre le terrorisme avec de l'ail et du vin rouge ?» Et pour la pétanque, la règle figurant dans « Une année en Provence» (édition Points, n°252, page 167) semble toujours valable.


 

Peter MAYLE
« Un bon cru » (Points, n°1531, 2006, 274 pages)
« La femme aux melons » (Folio n°741, 2000, 295 pages)








 

Tag(s) : #LITTERATURE ANGLAISE, #PROVENCE