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La vie et les aventures amoureuses de Cuca Martinez née en 1934  à Santa Clara et venue faire la bonniche dans la capitale. Une cinquantaine d'années plus tard, une vie dictée à l'auteur par la fille de Cuca et du mafioso Juan Pérez, Maria Regla, morte dans l'effondrement de l'immeuble où elle habitait, allégorie de la ruine de Cuba.

Des histoires d'amour qui finissent mal. Chaque chapitre est placé sous l'exergue d'une citation de chanson cubaine. L'île de la danse et de la musique est d'abord une île heureuse, où Nestlé inaugure sa première usine au sud du Rio Grande avant la Guerre de 1914. L'époque bénie où les Cubains pouvaient se préparer la recette du jambon rôti à la créole et celle des haricots noirs à la Valdès Fauly (pages 34-37) finira quand les barbudos auront commencé à ruiner le pays. Auparavant, les années cinquante sont celles d'une île pleine de vie, à l'image de la jeune Cuca quand elle rencontre au "Montmartre" celui qu'elle surnomme "le Ouane" ou "the One", le jeune homme qui la séduira huit ans plus tard en même temps que la Môme Piaf viendra donner ses récitals. Quand arrive l'année fatidique —1959— le beau jeune homme quitte La Havane en laissant à Cuca une fille unique et un (un seul !) bien mystérieux dollar.

La descente aux enfers. L'île à sucre bientôt en manque. Le "Montmartre" est devenu le "Moscou", sa moquette rouge a disparu, et tout son charme avec. Une fois que Cuca a été abandonnée par son amoureux parti aux States —Tout se déglingue sous la dictature politique de XXL et le régime alimentaire des pois cassés. Les corps vieillissent trop vite, les immeubles de rapport deviennent des taudis branlants, l'électricité agonise, les hôpitaux sont désertés par les médicaments, et les réfrigérateurs russes cessent de fonctionner. Tandis que la police prolifère, Valentina Ousquonsenva devient le surnom d'un cafard domestique amoureux d'un souriceau émacié comme un Noir éthiopien :

 «Le comité de défense de la révo[lution] et la Fédération papayocratique cubaine firent la guerre à Cuca parce qu'elle hébergeait des étrangers sous son toit. Néanmoins il s'agissait d'étrangers autorisés, de nos frères soviétiques et éthiopiens, Cuca fut à deux doigts de se faire torturer par la Sûreté de l'État, elle frôla la chambre froide de la Villamarista» (p.181).


Une tempête survient. Elle ramène le mafioso. Dans des scènes qui pastichent avec ironie le Parrain, on le voit attendre son boss près de Central Park, puis débarquer à La Havane et pleine période spéciale comme investisseur étranger couvert de dollars. Et voilà que le Ouane rejoint la pauvre Cuca délaissée par sa fille peu après qu'on ait fêté ses quinze ans. Et voilà qu'il lui réclame le mystérieux billet, lui qui semble "plein aux as" sous ses Ray Ban.

Pain, amour et cha-cha-cha. Tout, dans ce premier gros roman de Zoé Valdés, tout dis-je, est pimenté de récits hauts en couleurs des frasques sexuelles des deux lesbiennes, Mechu et Puchu, qui accompagnent Cuca dans son bref bonheur et sa longue douleur de mère célibataire, d'épisodes travestis maquillés au cirage, de slogans réels ou imaginaires de XXL — « Nos putes sont les plus instruites et les plus saines du monde entier »— , de citations plus poétiques de José Marti et d'autres poètes, romanciers et chanteurs que l'île a produits. Sans compter des jeux de mots et des blagues. J'en donne une à titre d'exemple ; c'est l'histoire d'un mec… il est chauffeur de taxi :

« À un feu rouge, il en profite pour draguer une bonne femme, type jument américaine, qui passe en se tortillant, boudinée dans un Levi's.
— Dis donc, toi, t'es une capitaliste ? Comme la femme le regarde de travers, il se répond à lui-même : Oh, pour rien, je te dis ça parce que tes masses sont opprimées.»


Naturellement, les taxis sont des Lada et des Chevrolet déglinguées, et les exemplaires de "Granma", l'organe de la presse officielle, remplacent le papier-toilette. Encore une chose, j'ai failli oublier d'en parler tant c'est évident : l'édition originale de « La douleur du dollar » a été publiée à Barcelone. Naturellement.

Zoé VALDÉS
La douleur du dollar

Traduit de l'espagnol par Liliane Hasson
Actes Sud, 1996, 344 pages (Réédition en "Babel")

• Sur Lecture/Ecriture, lire d'autres billets concernant les poèmes, nouvelles et romans de Zoé Valdès, et spécialement "Café Nostalgia".

 

 

Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #CUBA