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Carlos Liscano est un auteur uruguayen né en 1949. Il connut la prison au temps des Tupamaros et ce sont ces années de détention qui l'ont amené à l'écriture, qu'il continua dans l'exil suédois puis dans le retour au pays en 1996.

Ces admirables "Souvenirs de la guerre récente" — initialement publiés à Stockholm en 1988 — se situent dans un pays sans nom où un narrateur anonyme est brutalement arrêté et aussitôt transféré vers un camp militaire dont il ne connaît ni le nom ni le lieu. En pleine abstraction donc. Les années passent en l'attente de la guerre imminente avec la puissance voisine : ceci montre assez l'admiration de l'auteur pour le Buzzati du "Désert des Tartares" et des "Sept messagers".

Ce court roman se remplit des routines du camp, des événements minuscules qui peuplent le vide de la vie militaire, de l'attente incessante, ce qui n'est pas sans rappeler la détention, et l'auteur développe adroitement le paradoxe de la liberté dans l'enfermement. Les soldats qui partent, appelés à d'autres garnisons, lui paraissent des déserteurs. Il n'y a pas de permissions et il s'en accommode. Tout est réglé par la vie militaire.

Le narrateur devenu gratte-papier est en même temps le chroniqueur de l'infime tandis que l'ennemi se fait attendre, que les spéculations prennent leur essor et que les alertes sont vaines. Chaque 31 décembre, le courrier est à faire pour l'épouse restée dans la capitale. Quand surviendra la libération, le soldat involontaire pourra-t-il redevenir un civil ordinaire ?

Ce roman qui serait probablement insupportable s'il s'étendait sur 500 pages, est parfaitement réussi dans sa brièveté, comme le vrai conte philosophique qu'il est.

Carlos LISCANO
Souvenirs de la guerre récente

Traduit par Jean-Marie Saint-Lu
Belfond, 2007 ; 10/18 août 2009, 159 pages.

 

 

Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #URUGUAY