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« La vampa d’agosto» non è un romanzo giallo — c’est ce que prétend la prière d’insérer. Ce dernier titre d’Andrea Camilleri paru en 2006 aux éditions Sellerio à Palerme est pourtant une aventure du commissaire Montalbano, Salvo pour les intimes. C’est donc bien un polar avec, à la page 50 seulement, je le concède, la découverte d’un cadavre.

Le titre est un jeu de mots : c’est à la fois la vague de chaleur estivale qui s’abat sur Vigàta en plein mois d’août, avant et après l’Assomption (« Ferragosto ») et la « vamp » qui est l’autre héroïne du bouquin, d’où l’illustration de couverture. La conjonction des deux explique que Montalbano, qui de plus a retardé ses congés d’été, transpire bien plus que d’ordinaire : c'est sa flamme d'août. Comme il y a des amours d'un été.

L'histoire. La victime a été trouvée dans des conditions à la fois amusantes et angoissantes. Un couple ami de Salvo et de Livia a loué une villa de plain pied en bord de mer. Après une triple invasion de cafards, de souris et de rats, Laura et Guido constatent la disparition de leur fils de trois ans, Bruno. Le sol raviné autour de la villa et un léger séisme ont dégagé l’accès à un niveau inférieur : un appartement identique, clandestin, que le propriétaire émigré en Allemagne aurait un jour fait régulariser s’il n’était mort entre temps.  En y retrouvant Bruno, Montalbano découvre aussi un coffre contenant le cadavre d’une fille du village disparue six ans auparavant. Vu ces évènements, Laura décide de quitter la villa sans plus attendre, avec son fils, et son mari, tandis que Livia plaque le commissaire. Très vite l’enquête amène à suspecter Ralf, le fils débile du propriétaire, d’avoir égorgé Rina Morreale lors d’un séjour fait six ans auparavant lorsque la construction de la villa se terminait.

Au milieu du récit, page 146, la veuve du propriétaire, qui vit à Cologne, mise au courant des faits par l’agent immobilier, évoque par fax la mort de son mari et de son fils Ralf, tombé accidentellement d’un train en rentrant d’Italie. Comme il y a encore 135 pages, le lecteur le plus stupide comprend à ce moment-là que l’affaire n’est pas si simple et qu’un rebondissement va venir.

Effectivement, l’enquête fait apparaître les curieux agissements de Spitaleri, l’architecte qui a bâti la villa, un bellâtre qui roule en Ferrari et prend ses vacances en Thaïlande, les appels d’offre truqués des chantiers immobiliers à Vigàta, les pots de vin aux deux familles mafieuses rivales, et la mort suspecte d’un maçon arabe. Elle fait aussi apparaître l’existence d’une jumelle de la victime, Adriana, 22 ans, bien belle étudiante en médecine, déterminée à connaître la vérité et à venger sa sœur, — ce que Montalbano ne voit pas venir, aveuglé qu’il est par la passion. Si sa conscience lui fait timidement remarquer les 33 ans de différence d’âge entre Adriana et lui, la chaleur étouffante lui en fait oublier l’évidence. Mais ne dévoilons pas la fin de l’histoire.

La langue de Camilleri, on le sait, ne se limite pas à l’italien courant. L’auteur est sicilien et fier de l’être ; il pioche massivement dans le parler local, et pas seulement lorsque s’expriment des gens de Vigàta. Ce langage populaire n’est pas dans le dictionnaire italien standard que vous emportez en vacances. Camilleri transcrit l’accent sicilien : ainsi par exemple vede deviendra vidi. Il montre aussi l’invention populaire : lorsque Montalbano va acheter un ventilateur, l’employé (immigré) lui indique que le prix en est de quarante «euri» dans un bel effort d’intégration pour mettre un pluriel à notre monnaie : mais euro est invariable en Italie. De même que le succès de Camilleri, toujours aussi grand.

• Andrea Camilleri. La Vampa d'Agosto. Sellerio, Palerme.

Traduction de Serge Quadruppani parue en janvier 2009 au Fleuve Noir sous le titre "Un été ardent".
 

Liste des ouvrages de Camilleri (parution en Italie)
 
 
Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE