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Avec ce titre emprunté à une chanson de soldats citée en exergue, Axionov nous donne un conte satirique plus que politique. Pourtant, la censure n'a pas voulu de lui dans l'URSS de 1978. Plusieurs passages pouvaient effectivement déplaire au pouvoir. On y trouve un vice-ministre plaqué par sa femme « férue d'objets anciens », un immeuble collectif qui tombe en ruines (possible métaphore de l'Union soviétique ?), et des médecins juifs persécutés à la fin du règne de Staline, allusion au prétendu "complot des blouses blanches de 1952".

Au 14 de la rue de la Lanterne, dans un immeuble de standing construit avant la révolution de 1917, au coeur du quartier moscovite de l'Arbat, débarque un certain Véniamine Popenkov au passé mystérieux. Comme dans toutes les fictions qui prennent vie dans un immeuble, une coupe de la société est pratiquée et nous découvrons ainsi plusieurs familles et des personnages plus ou moins truculents. Nicolaïev l'ancien de la fanfare du Parc Gorki, Filipytch le scaphandrier, Foutchinian l'arménien irascible, Zourab à la moto trafiquée et pétaradante, le docteur Zeldovitch, le vice-ministre Zinamourov et son ex-femme Zina, la beauté n°1 du quartier, et puis Marina Tsvétkova, — presque un nom de poétesse — en fait la deuxième beauté du numéro 14 et qui vit de ses charmes, sans oublier un certain Vassili Axiomov ! Oui, avec un "m".

Popenkov utilise les parties communes pour s'aménager un logement : le hall de l'entrée principale est occupé au détriment des autres résidents qui se retrouvent contraints de passer par l'entrée de service. Popenkov agit donc comme un coucou mais personne ne proteste vraiment parce que le gérant fait croire qu'il est un homme des "organes" c'est-à-dire de la police politique. Popenkov privatise néanmoins l'ascenseur qui ne fonctionne plus que pour lui. Quand il décide enfin de percer le toit pour s'aménager une sorte de terrasse on s'inquiète pour l'avenir de l'immeuble qui est déjà en fort mauvais état.

Quand Popenkov s'énerve il ne parle plus russe mais un étrange sabir que Zina essaie de traduire. Quand Popenkov s'énerve, il lui vient une force étonnante, comme métallique, ce qui en fait un drôle d'oiseau d'acier.
« J'aurais pu recourir à quelque subterfuge naïf, écrit Axionov, et mener effectivement le lecteur par le bout du nez, mais la morale littéraire avant tout, c'est pourquoi je suis contraint de déclarer que je ne sais absolument rien de Popenkov…» Symboliquement, l'oiseau d'acier décollera à la fin de l'histoire.

Voilà un conte qui se situe dans le filon drolatique qui va de Nicolas Gogol à Andreï Kourkov, et qui en peu de pages illustre la plaisante puissance imaginative de Vassili Axionov.

Vassili AXIONOV
L'Oiseau d'acier

Traduit par Lily Denis
Gallimard, "Du monde entier", 1980, 142 pages.
Tag(s) : #LITTERATURE RUSSE