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Rhésus, un singe bonobo, est introduit dans une maison de retraite. Et rien n'est plus comme avant.

Avant, c'était une maison bon chic bon genre, l'asile de Vigny réputé Manoir, avec des pensionnaires assortis. Après, ça se transforme en lupanar, en orgie et en champ de bataille, en jeu vidéo, et en téléréalité. Vite le scandale a pris de l'ampleur : les familles et la presse se déchaînent. Les forces de police sont tenues en échec. On sourit alors aux allusions impertinentes à la rivalité entre deux ministres : l'un à l'Intérieur, l'autre à Matignon.

Au fil des chapitres, on voit changer la forme et le style du roman d'Héléna Marienské ; il y a du journal intime ; de la parodie rabelaisienne des bagarres de frère Jean des Entommeures ; de l'humour macabre ; du thriller… Le phrasé vulgaire de l'infirmier « C'était fête à l'hospice et spectacle gratuit pour mézigue » va de paire avec le bagout populaire d'Hector le gagnant du loto qui invite ses amis anciens résistants — ce sont eux qui sortent Rhésus d'un cirque.  Le beau style classique de l'académicien aux subjonctifs concurrence l'écriture recherchée de Céleste la romancière oubliée.

Sur un vrai problème de société (l'allongement de la longévité et ses nombreuses conséquences comme l'augmentation des effectifs des maisons de retraite et de leurs pensionnaires dépendants) Héléna Marienské ne ménage pas sa verve en menant à son terme une farce tragi-comique aux innombrables péripéties, sexuelles surtout, quelquefois soulignées par le recours à l'interpellation de la « lectrice délurée » amenée à s'intéresser en particulier au sort de Raphaëlle et Céleste, les deux lesbiennes. En attendant le procès d'une criminelle nommée… Wellbekke qui sera jugée pour parricide. Il va de soi que les allusions littéraires sont légion, et l'auteure donne une liste d'écrivains, mais bon courage à qui veut les élucider !

Héléna Marienské
Rhésus

P.O.L., 2006, 316 pages.

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE