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Globalisation et violence : voilà un beau sujet pour un universitaire de New York après le 11-Septembre. Cependant, si l'auteur place sa réflexion à partir de « la capitale du capital » dans la pratique son origine indienne donne les exemples et l'éclairage propres au livre qui ambitionne une réflexion sur le terrorisme et non sur la violence sous ses différentes formes. Le titre original est : "Fear of Small Numbers : An Essay on the Geography of Anger". Petits nombres : minorités agissantes ? Non, menaces perçues par les majorités mêmes les mieux établies et qui ne vont pas s'en laisser compter (ou conter) !

La violence  — essentiellement terroriste et inter-communautaire — est dépeinte comme le résultat du sentiment d'incomplétude qui saisit la majorité face à la minorité. Hitler est ainsi érigé en pionnier de la violence à l'ère de la globalisation pour avoir déclenché le génocide contre les juifs. La majorité "allemande" était inquiète et en colère face à la "minorité" juive : excitée par la propagande nazie, elle est devenue prédatrice, voilà tout. Pour Appadurai, le destin de toute minorité est de subir les pulsions génocidaires de la majorité constituée sur la base des recensements et qui devient prédatrice. Adieu l'Etat de droit et autres fariboles civilisées.

Transposons à l'Inde. C'est une majorité hindouiste, créée par les recensements importés par la faute de la colonisation britannique, qui s'en prend avec colère à la minorité musulmane. L'auteur interprète l'histoire des crises à répétition entre Hindous et Musulmans comme le seul résultat de l'agressivité de la majorité hindoue contre l'innocence de la minorité musulmane indienne. Car du fait du Partage de 1948 et de la globalisation, derrière le musulman suspect se cachent le Pakistan et le reste de l'Islam — et ça fait beaucoup de monde. Les deux communautés n'ont en commun que l'anti-américanisme primaire et généralisé, mélange de désir et de haine, ici comme ailleurs. Le salut viendra des ONG, comme le SDI (Slumdwellers International) fondé par les défavorisés de Mumbai.

Contrairement à ce que titre et sous-titre peuvent laisser supposer, les réactions violentes à la globalisation ne sont pas étudiées sinon d'un paragraphe aux pages 186-187. Et
sur la violence produite au sein de l'islam radical il n'y a rien à trouver dans ce livre décevant. Alors que retenir de cette lecture ? Outre quelques propos anodins sur la globalisation et trop rapides sur l'Inde, sans doute le portrait d'un intellectuel indien —et anti-hindouiste — qui n'aime pas les recensements, les élections (sauf si le BJP est battu), les droits de l'homme et autres considérations universalistes. Question de mode ?

Arjun APPADURAI
Géographie de la colère
La violence à l'âge de la globalisation

Traduit de l'anglais par Françoise Bouillot
Petite Bibliothèque Payot, 2009, 207 pages.

 

 

Tag(s) : #MONDE INDIEN