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Pérou, printemps 2000. Le terrorisme du Sentier Lumineux est encore dans toutes les mémoires, et peut-être bien dans le quotidien de la région d'Ayacucho. Tandis que les autorités s'activent pour réélire "el Chino", le président d'origine japonaise aujourd'hui abhorré, les fêtes religieuses semblent accaparer l'attention du père Queiroz. Comme la Semaine Sainte approche avec son afflux de pèlerins et de touristes, le mieux serait que les journalistes n'ébruitent pas certains faits inquiétants. Les autorités sont sur les dents.

Quand débarque Félix Chacaltana Saldívar venu prendre sa fonction de substitut du procureur de district de Huamanga, on vient de découvrir un premier cadavre horriblement mutilé. Qui est cet homme sauvagement assassiné ? On va suivre ce pauvre Chacaltana dans les arcanes de son travail, de ses relations avec le médecin-légiste, les officiers des forces armées qui le regardent de haut, ou qui veulent l'impressionner pour marquer leur territoire et en écarter les regards indiscrets.

Gauche dans son comportement, obnubilé par le souvenir de sa mère défunte, timide ou excessivement culotté, ce pauvre Chacaltana a presque autant de mal à communiquer avec Edith la serveuse du bar "El Huamanguino" —où l'on sert le maté et les rillons de porcs en sauce piquante—  qu'avec le capitaine Pacheco qui le fait poireauter, le commandant Carrión qui carbure au "pisco", ou encore le terroriste qu'il va vainement interroger dans une prison militaire. On ressent un malaise croissant du fait des macabres découvertes qui se font jour après jour ; des cadavres mutilés en partie brûlés, puis d'atroces charniers découverts dans la campagne et qu'on force Chacaltana à aller voir.

L'intérêt du roman est de montrer non seulement la violence coutumière au Sentier Lumineux, dont plusieurs dirigeants sont alors en prison, mais aussi la violence de la répression qui tourne au contre-terrorisme. L'armée utilise des "sinchi" entraînés pour lutter contre la subversion et le trafic de drogue ; mais tous les hommes de ces commandos sont-ils sous contrôle ? Voilà donc un anti-héros au milieu de la jungle et le lecteur se demande à quelle sauce il va être mangé. Mais l'auteur nous réserve d'autres surprises et sa connaissance des traditions indiennes pimente ce récit que le   thème du feu   éclaire en permanence.

Santiago RONCAGLIOLO
Avril rouge

Traduit par Gabriel Iaculli
Prix Alfaguara 2006

Points policier, 2009, 312 pages.
 
Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #PEROU