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Neuf nouvelles publiées dans les années 1930 et inscrites dans les terres chaudes de l'Equateur, forment ce recueil composé par Robert Amutio pour l'éditeur bordelais L'arbre vengeur. Dans cet espace rural du nord de Guyaquil,  le "Montuvio" natal de José de la Cuadra, l'injustice économique et sociale nous prépare à rencontrer des hors-la-loi en plus des figures hautes en couleur pour lesquelles l'auteur disparu en 1941 avait apparemment contracté une forte passion.

S'il y a des voleurs de bétail comme dans un western, personne en revanche qui ressemble à Zorro le justicier. Ici, on fait sa justice soi-même, comme fait la Tigra, l'aînée d'un trio de jolies filles, qui manie la carabine aussi bien que la guitare. Et quand les sœurs Miranda se découvrirent un lointain parent dans la personne du borgne Sotero Naranjo dit Ternerote, le Tendre, elles ne tardèrent à l'occuper à autre chose qu'à tenir boutique  durant le jour. Et elles y mirent tant d'ardeur qu'il finit par décamper.

« Il abandonna tout. C'est tout juste s'il emporta avec lui un baluchon de son linge. Il partit sur la route des Andes lointaines et finit par atterrir , après mille péripéties, à Angamarca, un village de la province de León. On n'apprit ce qu'il était devenu que des mois plus tard, alors que tout le monde le croyait déjà mort, victime des bêtes fauves…»

C'est qu'il y en a des bêtes fauves dans ces nouvelles. A commencer par un énorme et vieux crocodile, dit Guasington, comme le premier président des gringos, et féroce combattant des marécages. Gare aussi à ña Macaria Pono, l'aubergiste trop hospitalière. Gare à Chumbote, le jeune domestique, régulièrement fouetté par ña Feliciana jusqu'à sa chute fatale à cause d'une planche vermoulue. Gare enfin aux organisateurs de combats de coqs.

Bien que toutes ces histoires s'apparentent à des situations dramatiques, la comédie n'est jamais très éloignée : le lecteur ne pourra que rire de don Atanasio Jama, le riche fermier imbu de sa réussite qu'un voleur de bétail viendra dépouiller d'une centaine de ses vaches, et par la même occasion de sa fille.

Tout se déroule dans une société métissée constituée d'Espagnols et d'Indiens, mais quasiment pas de gringos; ils sont remplacés par les Chinois "catholicisés" comme les petits commerçants qui ont ruiné Ternerote, ou comme ceux qui offrent des feux de Bengale pour ajouter à la fête des musiciens itinérants. Ceux du Monduvio n'aiment pas ceux de la Montagne andine : la Tigra prétend que le serrano pue des pieds...

C'est aussi une société surveillée, avec une Police Rurale de gendarmes qui aiment bien venir danser à la hacienda des "Tres Hermanas" après avoir poursuivi en vain dans la région de Santa Ana tous les voleurs de bétail, une profession que complète celle de "chercheur de bétail" exercée par Cubillo avant sa déportation aux îles Galapagos où il devint une sorte d'idiot philosophe.

Bref, voilà de l'authentique littérature latino-américaine, sans risque de se tromper, avec des personnages truculents comme ceux du peintre colombien Botero. Dans sa préface, Robert Amutio plaide pour la traduction de "Los Sangurimas" (1934) dont le héros, Nicasio Sangurima, ferait songer à ceux de Garcià Marquez (Aureliano Buendia), Juan Rulfo (Pedro Paramo) ou Carlos Fuentes (Artemio Cruz). On s'en réjouit par avance !

José de la CUADRA
Noir Équateur

Traduit par Denis et Robert Amutio, Catherine Echezarreta, Eudes Labrusse
L'Arbre vengeur, Talence, 2008, 237 pages.

 

 

Tag(s) : #AMERIQUE LATINE