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Cioran, on ne le conseillerait déjà pas au lecteur guéri d'une grave dépression ! Mais lire "La Route" de Cormac McCarthy ce serait un traitement de choc, une thérapie radicale pour tout lecteur souffrant d'un excès irrépressible… d'optimisme. Même sans aller au bout des 250 pages, il risquerait d'en guérir définitivement. On comprend que le prix Pulitzer ait salué cette forte pharmacopée.

La 4è de couverture n'est pas de la publicité mensongère : «L'apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et un fils errent sur une route, poussant un Caddie ® rempli d'objets hétéroclites. Dans la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du Sud, la peur au ventre : des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l'humanité.»

Par bonheur — ? — il ne semble pas que ce soit le résultat d'une guerre nucléaire : les survivants n'ont pas de compteur Geiger ® dans leurs affaires et l'enfant né après l'apocalypse n'a pas de malformation, il n'a pas subi de transformation génétique. Voilà qui peut rassurer certains écologistes. Par bonheur encore, il ne semble pas non plus que la tragédie doive quoi que ce soit au réchauffement climatique, les côtes sont encore à la même place que sur les cartes routières quand le père et son fils atteignent le littoral ; et même : le climat de l'Amérique s'est rafraîchi puisque la poussière masque le soleil. Voilà qui va rassurer d'autres écologistes. L'un des immenses bonheurs vécus par le fils est de boire un Coca Cola ® trouvé dans au fond d'un supermarché en ruine mais pas encore pillé à 100%. Et pour le père c'était aussi un immense bonheur de l'offrir à son fils. Ainsi nous restons bien dans la civilisation américaine — même après la fin de l'histoire.

"La route" n'est pas un roman de science-fiction comme il s'en est tant écrit, même avec une dimension de critique sociale. Pas davantage de la politique-fiction puisqu'on ne sait à quelle cause humaine attribuer la catastrophe planétaire. En reprenant le thème de la route, l'auteur s'inscrit à l'évidence dans un courant abondant de la littérature américaine du XXe siècle. Mais par dessus tout, c'est un conte métaphysique et moral qui met en jeu le bien et le mal, le sens de la vie et de la mort. Il faut aussi faire très attention aux objets que le père et le fils trouvent dans les cendres et les décombres : un inutile canot de sauvetage et des fusées de détresse. Au bout de la route ils trouvent la mer — désormais infiniment grise — et les poissons morts entassés sur l'estran. No future.

Cormac McCarthy - La Route
Traduit par François Hirsch. Editions de l'Olivier,  2008, 251 pages (Points).


 
Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS