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La quête du père est un thème tellement fréquent dans la littérature occidentale contemporaine qu'il faut y ajouter autre chose pour convaincre de devenir le lecteur de ce roman. Ce pourrait être la recherche de la mère, puisque le narrateur à été, dans ses jeunes années, abandonné en peu de temps par ses deux parents et recueilli par ses grands-parents. Ces derniers, aujourd'hui décédés, et particulièrement la figure du grand-père, le Dr Klein, provoquent aussi, et depuis longtemps, la curiosité du petit-fils.

Le narrateur, Carlos Orfila Klein, anime "la morgue", une émission de radio hebdomadaire où sont interviewés des gens âgés. Tout à son obsession de retrouver les traces du passé familial, il trouve parfois de l'aide grâce à son émission. Mais aussi des fausses pistes. Il ne s'ensuit pas une sorte de "Perdu de vue" dans un climat d'euphorie, mais au contraire une lente recherche dans une atmosphère tendue qui s'apparente à celle d'un thriller. En effet, l'action se passe dans une ville pratiquement en état de siège. Les attentats se multiplient. La flotte de l'Alliance croise au large. Les hélicoptères de la police patrouillent jour et nuit. Pourtant dans cette ville de bord de mer la vie mondaine continue, particulièrement l'animation des noctambules de la Zone 4.

Qui est ce "Messager d'Alger" ? Le titre s'explique par la figure mystérieuse de Jorge Baker, sorte de vieil antiquaire — mais c'est une "couverture" de sa véritable activité — qui a bien (trop bien ?) connu la mère et le grand-père du narrateur et comme eux, il est passé par l'Algérie encore coloniale. Dans son "Bazar Buenos Aires", de bien curieux objets titillent la curiosité du narrateur. Comme les œuvres de Modiano, mais avec une écriture très différente, toujours rapide et précise, le roman de J.C. Llop explore la mémoire des années de la Seconde guerre mondiale, en incluant la guerre d'Espagne et la collaboration profitable avec le IIIe Reich. Né aux Baléares en 1956, l'auteur est semble-t-il fasciné par le souvenir du franquisme. Il s'inscrit ainsi dans le courant de la littérature espagnole concerné par la période de la guerre civile et de ses lendemains (Trapiello, Marsé, Cercas…)

D'autres rencontres de personnages pittoresques, exotiques, d'autres confidences, permettent au narrateur de dessiner un portrait de ses parents dans leur période hippie, quand ils tenaient le bar "Aquarius"  Et le souvenir musical de cette époque est particulièrement abondant : the Animals, Lou Reed, Pink Floyd, etc. Outre la couverture trompeuse, on peut néanmoins regretter la brièveté de ce roman à la chute fort singulière, à la mesure du détour préhistorique de l'incipit. Finalement, la force de ce livre est faite de mystères suggérés, d'intrigues mal élucidées : la "vérité" n'en sort pas toute nue ; elle reste partiellement voilée, encore plus désirable. Que s'est-il vraiment passé derrière les volets désormais clos du 23, rue du Bosphore ? 

• José Carlos LLOP. Le messager d'Alger
Traduit par Edmond Raillard
Editions Jacqueline Chambon, 2006, 184 pages.

 
Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE