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C'est 1875 en revue et en 1876 en librairie que parut l'édition définitive de ce classique portugais. Sous-titré "Scènes de la vie dévote" le roman d'Eça de Queiroz est un livre engagé : libéral et anticlérical, l'auteur est inspiré par l'école naturaliste. Le rapprochement avec "La Faute de l'abbé Mouret" vient à l'esprit car l'œuvre de Zola fut également publiée en 1875. Cependant "le Crime du Padre Amaro" est complètement différent de son contemporain français, tant par le milieu décrit que par l'histoire qui s'y déroule.

 

• Issu d'un milieu modeste, le père Amaro Vieira est nommé par piston à Leiria, pour succéder au curé de la cathédrale, mort d'excès de table. Le romancier nous propose ainsi une galerie de portraits. D'abord les ecclésiastiques : des curés de campagne et de petites villes de province, assez âgés pour la plupart, au milieu desquels tranche Amaro, à peine sorti du séminaire et bien bel homme. Autour de ces ecclésiastiques, gravite un groupe de parentes dévotes et collectionneuses de bondieuseries. Tous ne mènent pas une vie exemplaire : le chanoine Campos, par ailleurs propriétaire foncier et fier de son vin, vit une « longue liaison avec  Augusta Caminha, qu'on appelait la São Joaneira, parce qu'elle était originaire de São João de Foz.» A peine arrivé à Leiria, le bel Amaro, piloté par le chanoine et installé par ses soins  comme locataire chez la São Joaneira, devient rapidement et secrètement l'amoureux de sa fille. La belle Amélia, si douée pour le piano et le chant, attire les regards et les convoitises.

• En arrière-plan de ce milieu clérical, le roman donne un aperçu de la société portugaise vers 1870, encore politiquement dominée par l'aristocratie et économiquement par des campagnes arriérées. Les idées nouvelles sont exprimées par le médecin, le docteur Gouveia, voire par João Eduardo le clerc de notaire secrètement libre-penseur, tandis que les idées les plus conservatrices ne manquent pas de défenseurs. Ainsi le chemin de fer est-il encore l'objet de méfiances populaires. Eça de Queiroz n'a aucun mal à nous montrer comment l'Eglise règne sur les âmes simples persuadées d'être menacées de l'Enfer pour d'innombrables péchés. Sur cette société archaïque, le pouvoir de l'Eglise est étendu, immense, malgré la loi sur la liberté de la presse qui permet d'égratiner le clergé local par l'entremise d'un pamphlet anonyme paru dans "La Voix du District" du Dr Godinho.

• Combien de temps João Eduardo pourra-t-il cacher ses opinions "avancées" au cercle clérical qu'il fréquente pour rencontrer la belle Amélia ? Comment et jusqu'à quand le bel Amaro pourra-t-il concilier sa prêtrise avec ses rendez-vous galants en compagnie d'Amélia, dont la marraine est la soeur du chantre Dias ? Et si jamais Amélia était enceinte du curé ? Toutes ces questions qui poussent certains à sourire — ne faites pas mine de vous cacher, je vous vois — pourraient bien aboutir à plus de drame que de comédie. Ainsi, en conservant le célibat des prêtres, l'Église catholique a-t-elle fait plus pour la santé du roman moderne que toutes les Églises protestantes...

José Maria de EÇA DE QUEIROZ
Le Crime du Padre Amaro

Traduit par Jean Girodon
Editions de La Différence, 1985, 457 pages. Réédité en poche, coll. Minos.

 
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