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En 2008, à la demande de Valérie Pécresse, le sociologue Michel Wieviorka a piloté une vaste enquête sur la diversité en France. Il ressort que le sens même du mot "diversité" reste très imprécis et euphémise souvent toutes les formes de différences : de nationalité, culture religion, aspect physique... Comment vivre ensemble avec elles? Juridiquement, quels droits culturels doivent être officiellement reconnus? En fait ce terme place le débat sur deux axes opposés et indissociables : la lutte des "minorités visibles" pour la reconnaissance de leur spécificité identitaire et culturelle ; et celle contre les discriminations dont sont souvent victimes ces mêmes minorités.

On accepte difficilement la diversité en France en raison des mentalités et de l'idéal républicain. La xénophobie demeure, même si le racisme a changé de forme, on considère encore les autres cultures comme réfractaires aux valeurs de la société française, donc comme une menace pour la culture nationale. Dans les esprits persiste l'arrogance de la France coloniale qui se croit toujours le centre du monde, cultive son "exception française" et affiche un antiaméricanisme systématique. La réticence de l'opinion à la diversité tient à cette prégnance de l'identité nationale, mais aussi au poids de l'idéal républicain. Selon M.Wieviorka, la première passion française c'est l'obsession égalitaire : on privilégie l'égalité de principe sur celles des chances. Or, donner également à tous — autant de moyens pour chaque élève —, ne compense pas les inégalités de départ et même, les entretient. Ainsi en France, la question sociale occulte totalement celle des diversités culturelles. Or, comment traiter le social séparément du culturel? Ce "républicanisme radical" entrave encore l'ouverture à la diversité ; elle fait cependant son chemin dans certains secteurs.

Dans le domaine économique, l'Oréal, par exemple, pratique le marketing ethnique, écoute les attentes de la femme noire, même si cette approche n'est pas morale mais mercantile. D'ailleurs, le groupe ne lance aucune publicité destinée à la femme maghrébine, minorité trop peu " visible" et donc peu rentable. La recherche médicale et pharmacologique s'intéresse elle aussi à la diversité, aux caractéristiques génétiques des populations et à leurs maladies spécifiques,  telle la drépanocytose sur le Continent Noir.

Dans l'enseignement, "Sciences Po" affiche sa détermination à prendre en compte la diversité des étudiants, tant culturelle que sociale. La réussite de son partenariat avec une cinquantaine de lycées "défavorisés" en est la preuve : à l'inscription," Sciences po" s'intéresse aux qualités personnelles, au potentiel, à la motivation de chaque candidat, et pas seulement à son niveau scolaire. Cette expérience innovante met en cause le modèle français républicain et constitue une révolution dans l'enseignement supérieur.

Pourtant, déplore Wieviorka, elle n'influence encore ni les grandes écoles, —dont la fermeture sociale et culturelle se renforce—, ni l'Université : la diversité n'est pas son enjeu principal, l'innovation y est mal vue, qui dévaloriserait les diplômes. Malgré des différences considérables entre les universités, la question sociale y prévaut sur la diversité culturelle. L'auteur dénonce le mauvais accueil souvent réservé aux professeurs et aux étudiants étrangers, la fréquence des discriminations visant les maghrébins, l'insuffisance des informations, rédigées d'ailleurs uniquement en français.

En France, l'Université à encore beaucoup à faire pour se moderniser et s'ouvrir à toutes formes de diversité : tisser des liens avec l'enseignement secondaire, organiser l'accompagnement de chaque étudiant et développer les partenariats internationaux : leur rareté entrave la formation des étudiants français à la diversité du monde.

Même si le terme “diversité” reste discutable, il permet de contester la supériorité du seul modèle républicain et d'un unique système de valeurs ; d'éviter le traitement uniformisant de tous et de promouvoir de nouveaux droits pour les membres des minorités. Mais,  le sociologue y insiste, il faut "se garder de mêler" les deux directions que recouvre ce mot :
-1-permettre que soient satisfaites les revendications culturelles des minorités.
-2-réduire les discriminations dont elles pâtissent.

 
  Lu et chroniqué par Kate  
Michel WIEVORKA
La Diversité

Rapport à la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Robert Laffont, 2008, 229 pages

 

 

Tag(s) : #SCIENCES SOCIALES