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Un riche homme d'affaires mexicain se meurt, au milieu des siens, dans les années 1950. De chapitre en chapitre, sa mémoire et sa conscience sont progressivement atteintes, jusqu'àl'issue fatale. De chapitre en chapitre, l'auteur parcourt la vie d'Artemio Cruz, en évitant absolument le récit chronologique et continu propre à une biographie classique. Les moments choisis ménagent ainsi d'énormes vides dans la vie d'Artemio Cruz. Ce sont donc des moments privilégiés qui sont donnés à lire ; et par ce moyen l'écrivain se propose d'empêcher toute monotonie de lecture et tout ennui du lecteur.

Dans cette biographie on navigue comme dans un archipel, d'île en île, c'est-à-dire de femme en femme, car les affaires —agriculture, mine, industrie, édition, immobilier, etc— qui assurèrent la fortune d'Artemio, fils bâtard d'un propriétaire foncier qui l'a abandonné, ne forment pas l'essentiel du récit. Les seuls épisodes essentiels de son ascension correspondent à des épisodes de la guerre civile, opposant les forces fédérales de Carranza à celles de l'armée du Nord de Pancho Villa. Dans cette guerre, Artemio devenu officier, a rencontré Gonzalo, un jeune homme qui avant d'être fusillé lui recommande d'aller visiter sa famille, et particulièrement sa soeur, Catalina Bernal, fille d'un riche propriétaire d'hacienda.

Si dans certains livres on est amené à regretter l'existence d'une quatrième de couverture, dans celui-ci c'est un résumé préliminaire de deux pages, racontant de manière chronologique la vie d'Artemio Cruz qui peut gâcher la lecture avant qu'elle ne commence ! Aussi est-il préférable d'aller directement à la page 13. De même, dans ce roman qui est organisé par chapitres datés, il est regrettable qu'aucune table des chapitres ne vienne aider à une lecture non linéaire du roman, ou aider simplement à s'y retrouver.

 

Voici donc comment les chapitres sont titrés et paginés :

Incipit non daté : Artemio rentre en avion à Mexico le 9 avril 1959 et tombe gravement malade.
• Page 25 : «1941 : 6 juillet » — Sa fille Teresa va épouser Gerardo.
• Page 48 : «1919 : 20 mai » — Artemio épouse Catalina.
• Page 81 : «1913 : 4 décembre » — Guerre civile et mort de Regina.
• Page 119 : «1924 : 3 juin » — Avec Catalina enceinte de Teresa.
• Page 160 : «1927 : 23 novembre » — Artemio député proche du pouvoir.
• Page 188 : «1947 : 11 septembre » — Vacances à Acapulco avec la jeune Lilia
• Page 216 : «1915 : 22 octobre » — Tandis que Gonzalo Bernal est fusillé, Artemio tue en duel le colonel Zagal.
• Page 266 : «1934 : 12 août » — Avec Laura à Paris
• Page 289 : «1939 : 3 février » — Son fils Lorenzo meurt en Espagne où il s'est battu du côté des Républicains.
• Page 317 : «1955 : 31 décembre » — La dernière fête avec Lilia, loin de Catalina
• Page 355 : «1903 : 18 janvier » — Le jeune Artemio, qui est élevé par le mulâtre Lunero, tue accidentellement un parent. Evocation de son vrai père, Atanasio et des origines familiales mêlées aux conflits du XIXè s.
• Page 400 : «1889 : 9 avril » — La naissance d'Artemio qui porte le nom de sa mère Isabel Cruz, une maîtresse d'Atanasio.


On voit donc que d'une certaine façon le roman est construit comme un immense flash-back, ou plutôt une série de flash-back. Carlos Fuentes attache toujours beaucoup d'importance à l'aspect formel de ses fictions : on se souvient par exemple du "Siège de l'Aigle" comme d'un étonnant roman épistolaire. L'écriture, aussi, est adaptée à ce kaléidoscope mémoriel, à ces va-et-vient entre le présent des souffrances et les étapes d'un destin largement hors du commun. Le souvenir de la jeune Regina, tuée par les soldats ennemis, est régulièrement répété, ainsi qu'une phrase où l'on évoque une rivière franchie à cheval lors de la guerre civile. Et à ce souvenir du bonheur puis du drame, arrive en contrepoint la recherche réitérée du testament par les héritières : Catalina, Teresa, Gloria.

On peut cependant se sentir agacé voire exaspéré par la recette abusive des points de suspension, des répétitions, de bouts de phrases sans signification claire, le tout étant sensé peindre les douleurs du corps et de l'esprit, les égarements de la raison. Au risque de devenir une logorrhée, un déluge verbal, une incontinence de mots susceptible de provoquer — et ce serait dommage — un abandon brutal de la lecture.

• Carlos FUENTES. La mort d'Artemio Cruz
Traduit par Robert Marrast. Gallimard, 1966, réédition Folio, 2007, 400 pages.
(Roman publié initialement à Mexico en 1962).

 

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