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  Un auteur se penche sur son passé : dans un introduction que vous ne devriez pas lire, Thomas Pynchon commente ses cinq nouvelles écrites entre 1958 et 1964 et publiées séparément dans diverses revues. Il leur trouve tant de défauts que vous ne pouvez que croire en sa modestie à lui qui apprenait lentement. Mais si d'aventure il vous venait l'idée de lire ces histoires, attendez vous  quand même à quelques déconvenues. En fait l'auteur s'est assez bien jugé... La lecture du 3è des 5 textes est dispensable : ne perdez surtout pas votre temps avec « Entropie », totalement illisible et absconse. Pas grave : c'est le texte le plus court.

  On peut apprécier « Basses terres » où plusieurs personnages un peu pittoresques, comme Dennis qui fuit sa femme et son analyste mexicain, se retrouvent dans une décharge où vivent clandestinement des roms. « Sous la rose » avec ses airs d'OSS 117 au temps de la crise de Fachoda n'est pas sans un certain comique et ressemble à quelque BD avec espions à Alexandrie puis au Caire, avec poursuites en calèche et coups de feu. Et même avec  une victime qui n'est pas celle que le lecteur pouvait supposer.

La nouvelle qui ouvre le recueil, « Petite pluie », met en scène des bidasses que l'on envoie en Louisiane après le passage d'un ouragan dévastateur. L'un d'eux, Levine, est particulièrement tire-au-flanc. L'arrivée de Bouton d'or va opportunément sortir ces Messieurs de leur glandouille. Ce serait gentillet s'il n'y avait pas tous ces cadavres à repêcher dans les marécages. En prime, quelques airs de blues, de jazz et de country.

Le texte que j'ai préféré de beaucoup est « Intégration secrète » et pour plusieurs raisons. D'abord, l'auteur y gère ses personnages, de jeunes garçons, de façon magistrale. Autour de Grover le fort en thème, s'agitent Etienne, Tim, Hogan. La bande aime à se prendre pour un groupe de conspirateurs et à se replier sur son repaire au fond d'un domaine abandonné et peut être hanté que l'on parcourt en barque en compagnie d'un chien basset. Il y a aussi ce Carl Barrington qui est un jeune homme de couleur comme on disait et avec qui tous s'entendent très bien. Mais voilà qu'on apprend que les parents Barrington n'ont pas d'enfant ! Quant aux parents de Grover, de Tim, de Hogan et d'Etienne, leur conduite avec la famille Barrington n'est pas du tout correcte. Si les enfants sont plus ouverts que leurs parents, l'optimisme n'est pas un vain mot.


  Ce livre peut faire entrer à petits pas dans le monde de Pynchon avant d'oser entreprendre de plus grandes aventures. "La vente à la criée du lot 49" serait toutefois, à mon avis, une meilleure opération d'initiation à l'œuvre de l'homme invisible.

Thomas PYNCHON
L'homme qui apprenait lentement

Traduit par Michel Doury
Seuil, 1985 et "Points" 2007, 239 pages.





 
Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS