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Un petit bijou de roman picaresque sous couvert de récit militaire, plus drôle que réaliste, emprunté à la Révolution mexicaine, tel est ce mince roman que nous offre Guillermo Arriaga, également scénariste à succès ("Babel").

Pour l'essentiel il y a trois personnages. D'abord le licenciado Feliciano Velasco y Borbolla de la Fuente, issu d'une riche famille puisqu'il a fait des études de droit à Mexico. Ensuite Pancho Villa, le général de l'armée du Nord, une armée de paysans, qui descend sur Mexico pour imposer le pouvoir révolutionnaire. Enfin une guillotine, une vraie, et mieux qu'en France selon une des victimes amenées à en faire l'amère expérience. Ladite guillotine est démontable, confiée à un escadron ad hoc, et parfois transportée sur un wagon de chemin de fer de l'un des trains armés de Pancho Villa. Cette guillotine est même amenée triomphalement jusqu'au zocalo dans la capitale pour un dernier spectacle grandiose. Un truc auquel Trotsky n'allait même pas penser quelques années plus tard quand il serait le chef de guerre de Lénine…

Au fil des épisodes de cette guerre cruelle, Velasco se retrouve honoré et décoré, aussi bien que ravalé au rang d'aide cuistot. Tourné un jour en ridicule, il est à quelque temps de là un colonel victorieux qui parade aux côtés de Pancho Villa et d'Emiliano Zapata. Pour un homme de son milieu, Velasco s'est sans doute fourvoyé. Il n'avait qu'à ne pas présenter sa guillotine au chef révolutionnaire ! Il aurait ainsi évité d'avoir à raccourcir un ancien compagnon d'études universitaires. Et projeter de créer une entreprise pour construire et exporter des guillotines, était-ce réellement une idée profitable à l'heure où les Yankees achevaient le canal de Panama ? L'action se passe en 1914, faut-il le préciser.

Le comique de l'histoire naît, on l'a compris, de la confrontation de personnages issus de milieux différents, agissant selon des codes très opposés, comme dans ce passage où la bonne d'un aristocrate claque la porte au nez de Pancho Villa — lequel fait en retour tonner son canon ! Le comique de situation est permanent dans ce récit et il est littéralement impossible de s'ennuyer à sa lecture.

Guillermo ARRIAGA
L'escadron guillotine

Traduit de l'espagnol par François Gaudry
Phébus, 2004, et coll. Points, 170 pages.

 

Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #MEXIQUE